The angel next door spoils me rotten : chapitre 08-volume 04

Une récompense de l’ange

Traducteur: linkfet
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« Hé, Amane, tu ne trouves pas que tu en as un peu trop fait, cette fois ? » Grommela Itsuki, visiblement un peu surpris en fixant le classement des examens affiché sur le panneau d’affichage dans le couloir.

                Même après leur session d’étude en groupe, Amane avait continué à travailler assidûment pour préparer les examens. Il avait voulu, pour une fois, être fier de lui. De plus, étudier lui avait permis de détourner son esprit de certaines paroles enjôleuses qui lui avaient été soufflées à l’oreille.

                Ils étaient en train d’observer le fruit de ses efforts —et tout le travail qu’il avait fourni pour ne pas penser aux expressions suggestives de Mahiru et aux mots qu’elle avait prononcés— ce qui l’avait conduit à se classer sixième de leur promotion cette fois-ci.

                « Waouh, c’est dur à croire que je sois monté aussi haut. »

                « Tu t’es vraiment donné du mal. T’es fier de toi ? »

                « … Bah plutôt, ouais. Mais rien ne garantit que je pourrai refaire ça. »

                « Quel stoïque, ce type… »

                Il ne voulait pas que Mahiru le voie grimper aussi haut pour ensuite retomber par négligence. Cela ne servirait à rien s’il n’était pas capable de rester dans les premières places de manière constante.

                Et comme les examens d’entrée à l’université approchaient également, il aurait été absurde de se satisfaire de cette seule réussite et de tout arrêter là.

                Des révisions à la va-vite ne suffiraient pas pour les examens d’entrée, puisque des élèves d’autres écoles seraient aussi en compétition. Amane se promit donc de continuer à travailler dur pour être prêt pour ce qui l’attendait.

                Incidemment, Mahiru avait encore une fois pris une nette avance sur tous les autres, en se classant première. Ce n’était rien d’étonnant, mais Amane savait que c’était grâce à son acharnement et qu’elle ne considérait jamais cela comme acquis.

                « On dirait que tu es sixième cette fois, Fujimiya. »

                Mahiru, qui était arrivée pour voir le panneau d’affichage après Amane et Itsuki, sourit radieusement en remarquant le nom d’Amane.

                Elle était en mode ange, et Amane lui répondit d’un sourire tranquille, essayant de ne rien laisser paraître de son agitation intérieure.

                Il sentait les regards des autres posés sur lui, mais il commençait à s’habituer à parler avec Mahiru en public. Ces regards le gênaient toujours, mais il parvenait à tenir bon sans trop de détresse.

                « On dirait bien. » Acquiesça Amane. « C’est pas mal, j’imagine. »

                « Hé hé, il a vraiment bossé dur, tu sais. » Intervint Itsuki. « Il étudiait même pendant les pauses. »

                « … Ah, eh bien— »

                « Si tu as autant travaillé, tu ne penses pas que tu devrais te récompenser ? » Demanda Mahiru.

                « Je… suppose. »

                Se rappeler de la récompense que Mahiru lui avait promise fit monter en lui une émotion difficile à décrire.

                Elle avait promis de lui laisser poser la tête sur ses genoux et de lui nettoyer les oreilles. Il avait tellement essayé d’effacer cette idée de son esprit qu’il l’avait vraiment oubliée, mais elle lui avait dit qu’elle le ferait s’il entrait dans le top dix.

                Il pouvait toujours refuser, mais… il ne se voyait pas rejeter une telle occasion, surtout si la fille qu’il aimait voulait prendre soin de lui de cette manière.

                « … Au fait, félicitations pour la première place. Ce ne serait pas plutôt à toi de te récompenser ? »

                « Je suppose. Mais il ne faut pas trop se choyer non plus. »

                « Mais tu es déjà tellement stricte avec toi-même que je pense que tu pourrais bien t’accorder un peu d’indulgence. Enfin, ce n’est pas à moi de juger. »

                Maintenant qu’ils en parlaient, Amane se rendit compte qu’il allait recevoir quelque chose de spécial de Mahiru, mais qu’il n’avait rien à lui offrir en retour, et il se demanda ce qu’il pouvait bien faire.

                D’un autre côté, il n’avait aucune idée de ce qu’il pourrait lui offrir, donc il se dit qu’il allait devoir lui poser la question une fois rentrés à la maison.

                Regardant Mahiru arborant son sourire angélique, Itsuki murmura discrètement à Amane.

                « Et si tu la récompensais, elle ? »

                Amane n’avait pas besoin qu’on le lui dise deux fois, et il se promit de lui poser la question une fois chez eux.

***

« Hein ? Une récompense pour moi ? »

                Quand Amane posa la question à Mahiru alors qu’elle préparait le dîner chez eux, portant un tablier, elle se retourna avec un air perplexe.

                Amane n’avait pas réussi à se calmer, se rappelant le sourire diabolique qu’elle avait affiché l’autre jour et pensant à la récompense qui l’attendait probablement après le repas. Mais Mahiru n’avait visiblement rien remarqué, et son expression montrait clairement que sa question la prenait totalement au dépourvu.

                « Il n’y a rien de particulier que je veux, mais… »

                « Ou quelque chose que tu voudrais que je fasse… ? »

                « Que tu fasses pour moi ? Hmm, laisse-moi réfléchir. Je suppose que je voudrais que tu coupes ce concombre finement avec la mandoline. »

                « Ce n’est pas ce que je voulais dire… Bon, s’il n’y a rien, tu n’as pas besoin de te forcer à répondre, tu sais. »

                Amane avait l’impression qu’elle ne prenait pas vraiment sa question au sérieux, mais il ne voulait pas insister, alors il abandonna facilement.

                Si Mahiru n’avait vraiment besoin de rien, cela lui allait, mais s’il y avait quelque chose qu’elle voulait qu’il fasse et que c’était dans ses cordes, il comptait bien accéder à sa demande.

                Pour l’instant, elle avait dit qu’elle voulait qu’il coupe le concombre à la mandoline, alors il se lava les mains et le découpa finement, mais c’était plus une aide qu’une récompense.

                « Frotte un peu de sel dessus et laisse-le de côté. »

                « Bien, chef… Y’a-t-il vraiment rien d’autre ? »

                « Vraiment. Je suis satisfaite de la situation actuelle… Et puis, je pense que je pourrai réaliser mon unique vœu toute seule. »

                « Le vœu que tu veux vraiment voir exaucé ? »

                « Et d’après toi, c’est quoi ? »

                Amane leva les yeux de la mandoline et vit Mahiru sourire doucement.

                Pendant un instant, son expression ressemblait au sourire diabolique qu’elle avait eu l’autre jour, et il ne parvint pas à la regarder en face, baissant rapidement les yeux vers le plan de travail.

                « … J—J’en sais rien. »

                « Voilà. Alors ne t’en fais pas. Je suis heureuse comme ça. »

                Amane pouvait sentir le sourire dans sa voix.

                Mahiru retourna à la cuisine, dégageant une aura qui disait clairement qu’elle n’allait pas le laisser creuser davantage. Amane ne savait pas quoi faire, alors il continua simplement à découper le concombre en fines tranches.

***

« Bon, allonge-toi, Amane. »

                Une fois le dîner terminé, la particulièrement redoutée, heure de la récompense arriva.

                Comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, Mahiru s’assit à une extrémité du canapé et lui sourit en tapotant ses genoux. Amane resta sans voix.

                La tenue de Mahiru, ce jour-là, consistait en un short et des collants noirs, donc, techniquement, il allait poser la tête sur ses genoux couverts, mais seule une fine couche de tissu le séparait de sa peau.

                Pour ne rien arranger, elle avait pris un bain après être rentrée, et tout son corps dégageait une odeur exquise.

                Se coucher sur ses genoux dans une situation aussi risquée relevait du suicide pour Amane.

                « … Euh, non, enfin— »

                « Tu n’es pas obligé si tu ne veux pas, mais ce n’est pas ce que tu avais demandé ? »

                « C—C’est bien ce que je voulais, mais maintenant que ça devient réel, je suis un peu… n—nerveux, tu vois ? C’est embarrassant, quoi. »

                « Alors pourquoi l’avoir demandé ? »

                « C—C’est sans doute l’instinct masculin qui a parlé. »

                « Tu peux suivre cet instinct masculin, ce n’est pas un problème… mais c’est ta récompense pour avoir autant travaillé. Tu n’as pas besoin d’être gêné, d’accord ? Je vais bien te chouchouter. »

                Mahiru tapota à nouveau ses genoux, et Amane déglutit difficilement.

                Il faisait plutôt chaud ces derniers temps, donc ses collants étaient plus fins qu’avant.

                On devinait à peine la couleur de sa peau à travers le tissu léger, et cela éveilla en lui des émotions intenses.

                Même si ses cuisses étaient couvertes, la beauté lisse de ses jambes fines était bien visible, attirant Amane comme un aimant.

                Ce n’était probablement pas l’intention de Mahiru, mais sa tenue ce jour-là allait le tuer.

                En toute logique, il aurait dû trouver un moyen de décliner son offre et de faire en sorte de rendre son cœur et son âme plus paisible, mais sous prétexte de ‘récompense’, ses ‘instincts masculins’ l’avaient mené droit dans ce piège.

                Avec prudence, il s’assit à côté de Mahiru et posa la tête sur ses genoux.

                Il avait déjà vécu cette expérience une fois auparavant, et comme dans son souvenir, ses jambes étaient très douces. Le tissu qui les séparait étant encore plus fin que la dernière fois, la chaleur et la texture de sa peau se ressentaient clairement, et Amane sentit son cœur se serrer violemment.

                Il ne savait pas où regarder, alors pour l’instant, il leva les yeux et vit Mahiru lui sourire.

                Mais sa vue était partiellement obstruée par quelque chose… ou plutôt deux choses. On n’était qu’en mai, mais les températures étaient déjà élevées, et le haut que Mahiru portait était lui aussi très fin. En plus, le tissu épousait les courbes de son corps, soulignant sa silhouette sous l’étoffe légère.

                Amane fut contraint de se retourner. S’il restait ainsi, il allait exploser de honte.

                « Bien, je vais te nettoyer les oreilles maintenant. »

                Totalement inconsciente du tumulte intérieur d’Amane, Mahiru annonça cela avec un sourire. Elle semblait même un peu enthousiaste. Elle attrapa le cure-oreille et les mouchoirs posés sur la table, et quelque chose de doux pressa le côté de sa tête.

                (?!)

                Des sirènes hurlèrent dans l’esprit d’Amane, mais Mahiru n’en sembla pas affectée. Elle attrapa rapidement le cure-oreille et se redressa. Le cœur d’Amane battait à tout rompre alors qu’il sentait le poids doux de son corps. Mentalement, il n’était plus du tout prêt à supporter un nettoyage d’oreilles.

                « Allez, ne bouge pas. » Murmura Mahiru d’une voix apaisante, fixant doucement sa tête avec une main.

                Elle lui rappela de ne pas bouger pendant le nettoyage, mais Amane trouvait cela extrêmement difficile, pour plusieurs raisons.

                Cela dit, il n’allait sûrement pas se débattre, alors il resta bien sage et fixa intensément le bord de la table pendant que quelque chose de rigide s’enfonçait lentement dans son oreille.

                Il frissonna un instant. Il était plus sensible aux endroits où sa peau était fine. Amane ne se sentait jamais chatouillé en se nettoyant les oreilles lui-même, mais avec Mahiru, c’était une sensation bien étrange, probablement parce qu’il n’avait aucun contrôle… et parce que c’était la fille qu’il aimait qui le faisait.

                Il savait que Mahiru allait s’y prendre avec soin, vu sa personnalité, mais malgré tout, sentir ses gestes délicats dans son oreille était étrangement chatouilleux.

                Ce n’était pas tout à fait agréable, mais cela avait un attrait particulier qui éveillait certains désirs.

                Il y avait en tout cas quelque chose d’indescriptiblement agréable là-dedans, suffisamment pour qu’il n’ait aucune envie de résister à ce nettoyage.

                « Ça ne fait pas mal ? » Demanda Mahiru.

                « Mm… non, ça ne fait pas mal. C’est agréable. »

                « Ah, vraiment ? Je suis contente. J’ai entendu dire que c’était romantique pour les garçons, mais… dis-moi, tu trouves ça romantique ? »

                « … Un peu, je suppose. »

                « Eh bien, tu restes un garçon, après tout. »

                « Est-ce que j’ai donné une raison d’en douter ? »

                Si Amane n’était pas un garçon, il ne serait pas en train de se tordre intérieurement, et il ne serait pas autant troublé par la douceur de sa peau. Dans l’état actuel des choses, il ne pouvait s’empêcher de perdre ses moyens, serré contre la fille qu’il aimait et couvert d’attentions.

                « Hé hé, c’est parce que tu es tellement gentleman, Amane. Je ne pensais pas que tu étais si intéressé. »

                « En partant du principe que je suis un gentleman, ce que je veux et ce que je fais sont deux choses très différentes. Tu devrais faire attention, il y a des hommes qui te souriront en face et t’attaqueront quand tu seras seule. »

                « Dans ce cas, tu ne serais pas vraiment un homme, si ? »

                Amane eut l’impression qu’on venait de le percer à jour, et il mordit sa lèvre avec dépit. Cela dit, Mahiru ne semblait pas avoir voulu l’insulter. Elle poursuivit tranquillement son nettoyage.

                « Allez, Amane, retourne-toi. Je veux faire l’autre oreille. »

                Amane, toujours plus crispé, se tourna pour lui présenter l’autre côté. Mais se retrouver face à son ventre était une autre forme de supplice. S’il baissait les yeux, il verrait son short, ce qui n’était pas une bonne idée, alors il n’avait d’autre choix que de fixer docilement son ventre.

                Amane ne savait plus s’il était au paradis ou en enfer.

                S’il pouvait être honnête avec ses désirs, ce serait sans doute le paradis, mais tant qu’il restait tiraillé entre ce qu’il voulait et ce qu’il savait être bien à faire, c’était comme si une de ses jambes plongeait directement en enfer.

                « … Amane, tu trembles un peu depuis tout à l’heure, mais… »

                « S’il te plaît, ne fais pas attention à ça. »

                Il était hors de question qu’il lui avoue ce qu’il ressentait. Après tout, s’il disait quoi que ce soit à voix haute, Mahiru s’éloignerait sûrement de lui.

                Il ne lui restait donc plus qu’à accepter docilement le nettoyage d’oreilles et à dissimuler ses désirs à tout prix. Cet ange, qui le choyait innocemment sans aucune arrière-pensée, était une créature redoutable.

                Mahiru semblait se poser des questions sur le comportement d’Amane, mais comme il lui faisait face et évitait son regard, elle renonça à en savoir plus et reprit tranquillement son nettoyage.

                Ressentant une sensation à la fois agréable et légèrement chatouilleuse, Amane ferma les yeux et attendit que ce soit terminé.

                Chaque fois qu’il les rouvrait, il se sentait un peu coupable de la situation, alors il préféra les garder clos. Mais privé de la vue, ses autres sens semblaient s’aiguiser. Il inspirait son parfum sucré, les senteurs de son shampoing et de son gel douche, et sentait la douceur de ses cuisses. Il ne savait plus où se mettre.

                Il n’arrêtait pas de penser à quel point ce serait incroyable s’il pouvait profiter pleinement de toutes ces sensations sans avoir à se retenir.

                « Amane, quand j’aurai fini tes oreilles, je pourrais jouer avec tes cheveux ? »

                « … Si tu veux. »

                S’il s’échappait maintenant, il n’aurait plus à vivre ce conflit intérieur. Cependant, Amane restait un garçon, et si une fille acceptait qu’il reste allongé sur ses genoux, il n’allait pas s’y opposer. Même tiraillé entre le désir qu’elle arrête et celui qu’elle continue, au final, il cédait. Cela lui faisait prendre conscience qu’il était faible sur bien des plans.

                Mahiru semblait très satisfaite de l’avoir entendu donner son accord.

                « J’ai presque fini, d’accord ? » Dit-elle en grattant doucement l’intérieur de son oreille.

                Déjà ? Pensa Amane, un peu déçu, torturé une fois de plus par un sentiment de solitude.

                Mais rien ne transparaissait sur son visage ni dans ses gestes.

                La sensation, à la fois chatouilleuse et agréable, prit fin lorsque Mahiru retira l’outil de nettoyage.

                À la place, une autre sensation tout aussi exquise apparut lorsque les doigts de Mahiru glissèrent dans ses cheveux.

                « Voilà, c’est fini. »

                Mahiru passa ses doigts dans ses cheveux avec douceur, comme pour calmer un enfant, et Amane se sentit à la fois gêné et envahi par une envie de complètement se laisser aller.

                Il savait que, s’il devait trancher, c’était cette dernière envie qui l’emporterait, et un gémissement silencieux menaça d’échapper à ses lèvres.

                Mahiru avait voulu le chouchouter à fond en guise de récompense, et elle y parvenait avec brio.

                Une partie de lui voulait résister à Mahiru, qui semblait s’amuser à l’envelopper d’affection comme promis. Mais cela faisait tellement de bien que toute volonté fondait, le laissant totalement incapable de se défendre.

                … Je suis en train de me faire dorloter…

                Il se faisait caresser la tête par ses mains tendres tout en s’enivrant de son parfum féminin et de sa chaleur. Dit comme ça, cela ne semblait pas grand-chose, mais en réalité, c’était incroyablement agréable, au point de le plonger dans une quasi-euphorie. Amane pouvait imaginer perdre complètement pied s’il avait le droit de savourer ce genre de moment chaque jour. L’idée avait de quoi séduire.

                Quand Amane poussa un soupir et relâcha ses muscles, il entendit un petit rire.

                « Tu fais vraiment petit garçon gâté, pour une fois. » Le taquina doucement Mahiru.

                « … Et c’est la faute à qui ? »

                « À moi. » Répondit Mahiru avec un doux rire, en passant encore ses doigts dans ses cheveux. « J’ai toujours envie de te dorloter, parce que je cherche une excuse pour te toucher. Tes cheveux sont si agréables à brosser. »

                « … Vraiment ? »

                « Oui. Ils sont doux et brillants. Comment tu fais pour avoir des cheveux pareils… ? »

                « … J’utilise juste le shampoing que ma mère m’a recommandé. »

                Shihoko avait insisté pour qu’il ne néglige pas ses cheveux fins. Depuis, Amane utilisait un shampoing et un après-shampoing de salon, du genre vanté pour rendre les cheveux éclatants. Il n’en détestait pas l’odeur, et il aimait la sensation de ses cheveux une fois secs quand il passait la main dedans, alors il avait continué à utiliser ces produits.

                « Tu parles, c’est toi qui as des cheveux super doux, Mahiru. »

                Il saisit une mèche de ses cheveux couleur lin, qui étaient encore plus soyeux et lisses que les siens.

                Évidemment, elle avait les cheveux plus brillants, plus doux. Amane ne pouvait pas rivaliser. Les cheveux de Mahiru avaient une texture qui donnait envie de les toucher indéfiniment, et un parfum propre et savonneux, pas trop fort. C’était irrésistible.

                « Je me le dis à chaque fois que je te caresse la tête, mais tu dois en prendre grand soin. »

                « … Eh bien, je n’ai jamais été négligente à ce sujet. »

                « Je m’en doute. Au fait, je touche ta tête comme bon me semble, mais… ça te dérange pas ? On dit que les cheveux, c’est la vie d’une femme, tout ça… »

                « … J’aime quand tu me touches, Amane. »

                Amane était content qu’elle ne puisse pas voir son visage, car il était certain que son expression était devenue étrange à ces mots.

                Honte, joie, confusion, panique… Si Mahiru avait vu toutes ces émotions contradictoires sur son visage, elle aurait sûrement commencé à se méfier de lui.

                C’est à cause de ce genre de phrase que je perds pied…

                Incapable de répondre, Amane essaya de retrouver une expression neutre. Il ferma les yeux et poussa un soupir.

***

Lorsqu’il les rouvrit, la chemise de Mahiru était juste devant lui.

                Apparemment, il s’était encore endormi —sa conscience s’était envolée, bercée par le confort et la joie. Il n’avait aucune idée de combien de temps il avait dormi, ce qui l’angoissa un peu.

                La main qui caressait ses cheveux s’était arrêtée.

                Il se redressa timidement et vit que Mahiru était appuyée contre le canapé, respirant lentement dans son sommeil.

                « Imprudente. » Marmonna Amane en regardant Mahiru, dont la respiration douce montait et descendait régulièrement, puis il consulta l’horloge et sentit sa joue tressaillir.

                Il était une heure avant minuit. Il était allongé sur les genoux de Mahiru depuis neuf heures, après qu’ils eurent fini de nettoyer après le dîner et de faire les autres tâches ménagères. Ce qui signifiait qu’il était dans la même position depuis presque deux heures d’affilée.

                Mahiru s’était probablement endormie après être restée coincée si longtemps sur le canapé. Amane savait qu’elle n’aurait pas eu le cœur de bouger et de le déranger, alors elle s’était simplement assoupie là où elle était.

                Il se dit qu’elle devrait être un peu plus vigilante, puisqu’elle était dans l’appartement d’un garçon, mais c’était lui qui s’était endormi sur ses genoux en premier lieu, alors il avait aussi une part de responsabilité.

                Il contempla le visage endormi de Mahiru, se demandant ce qu’il devait faire, et décida pour l’instant d’aller prendre un bain.

                Mahiru avait déjà pris le sien plus tôt dans la soirée, mais Amane ne l’avait pas encore fait. Même s’il allait devoir la réveiller ensuite, il valait mieux la laisser dormir pour l’instant et en profiter pour se laver. Il était aussi possible que Mahiru se réveille d’elle-même pendant qu’il se baignait.

                Sur cette décision, Amane se dépêcha de retourner dans sa chambre pour chercher des vêtements de rechange.

***

Une fois son bain terminé, Amane jeta un coup d’œil dans le salon et poussa un léger soupir.

                Comme tout à l’heure, Mahiru était profondément endormie et ne s’était pas réveillée, même avec le bruit du sèche-cheveux.

                « Mahiru, réveille-toi. » Dit Amane en lui secouant doucement l’épaule. Elle dormait encore à poings fermés. Sa tête s’était affaissée sur le côté, preuve qu’elle était vraiment inconsciente, alors Amane la redressa pour la soutenir.

                Il se dit qu’elle devait être fatiguée d’être restée si longtemps avec sa tête sur ses genoux, et qu’elle avait probablement fini par s’assoupir. Pour l’instant, il était clair qu’elle ne se réveillerait pas de sitôt.

                Je crois que c’était pareil la dernière fois…

                Cela devait remonter à la fin de l’année dernière. Il se souvenait lui avoir prêté son propre lit après qu’elle se soit endormie par inadvertance.

                Amane avait le sentiment qu’ils se dirigeaient une fois encore vers la même situation.

                Il la secoua de nouveau, un peu plus vigoureusement, et l’appela par son nom, mais elle ne se réveilla pas.

                Il entendit un petit gémissement discret, mais c’était plus un ronflement que des mots.

                Ce n’était pas la première fois qu’Amane voyait Mahiru dormir ainsi, sans défense, et il ne pouvait s’empêcher de se demander, encore une fois, s’il était vraiment normal qu’elle lui fasse autant confiance.

                Maudissant sa chance, Amane lui toucha la joue du doigt, mais elle ne réagit pas. Il ne sentit que la douceur et la souplesse de sa peau. Son pouce traça un chemin le long de sa joue, la caressant doucement.

                Quand il atteignit ses lèvres légèrement entrouvertes, il trouva leur texture encore plus douce et souple. Elles lui faisaient penser à un fruit mûr et semblaient devoir avoir un goût sucré.

                Il n’aurait pas été impossible de goûter à cette douceur à cet instant précis, alors qu’elle était aussi vulnérable. Il aurait pu savourer ce fruit délicieux à sa guise.

                Mais le self-control d’Amane, et la certitude qu’il ne s’en remettrait jamais si Mahiru le rejetait, le retinrent. Pourtant, il ne pouvait pas s’empêcher de la toucher, ne serait-ce qu’un peu. Amane se moqua de lui-même pour être aussi lâche, et contempla Mahiru, dont le visage endormi et magnifique s’offrait à lui sans retenue.

                Elle ne se doute même pas de ce que je ressens…

                Mahiru n’avait probablement aucune idée de l’angoisse qu’il ressentait lorsqu’elle se montrait aussi négligente.

                Sans s’en rendre compte, Amane poussa un long soupir, caressa tendrement le visage endormi et sans défense de Mahiru, et rit doucement.

                Amane se sentait encore plus pathétique que d’habitude. D’un autre côté, il était aussi convaincu que c’était précisément sa lâcheté qui lui avait permis de gagner la confiance de Mahiru.

                Il se dit que s’il avait gagné sa confiance à ce point, il était peut-être sur la voie de lui faire éprouver des sentiments.

                Même s’il voulait lui avouer ses sentiments, il était trop faible, trop angoissé à l’idée de se confier à elle.

                « … Si je pouvais simplement te dire que je t’aime, je n’aurais pas autant de soucis… » Marmonna-t-il doucement.

                Du bout du pouce, Amane caressa tendrement ses lèvres douces et soupira.

                Le fait que la fille qu’il aimait lui fasse autant confiance et soit là, dans un tel état de vulnérabilité, lui semblait à la fois gratifiant et délicieux, mais aussi terriblement douloureux. Tôt ou tard, il faudrait qu’il lui fasse comprendre ce qu’il ressentait vraiment.

                Il se décida à la gronder un peu à son réveil, puis lui saisit les épaules et la secoua.

                « Mahiru, réveille-toi. Il est temps de rentrer chez toi. »

                Il la secoua un peu plus fort, pour la pousser à ouvrir les yeux.

                Il aurait pu contempler son adorable visage endormi pendant des heures, mais s’il la regardait trop longtemps, il finirait par avoir envie de faire quelque chose, et il ne pourrait plus dormir avec elle ici de toute façon.

                Il lui était arrivé de la laisser dormir chez lui à contrecœur plusieurs fois auparavant, ou plutôt, il serait plus juste de dire qu’il lui avait prêté son lit. Il savait que, en dernier recours, il pouvait la laisser dormir dans sa chambre.

                Mais si possible, il préférait qu’elle retourne dans son propre appartement. Si Mahiru dormait dans le lit d’Amane, il en garderait un parfum doux et agréable, ce qui lui causerait toutes sortes de problèmes jusqu’à ce que cette odeur disparaisse, et il voulait éviter cela autant que possible.

                Avec ce seul objectif en tête, Amane secoua Mahiru et lui tapa doucement les joues. Avec des mouvements très lents, elle entrouvrit les paupières, faisant battre ses longs cils.

                Cependant, les yeux couleur caramel qui se dévoilèrent semblaient vagues et sans expression. Il ne savait pas vraiment où elle regardait, et son regard embrumé semblait glisser de nouveau derrière le rideau de ses paupières.

                « Mahiru, je t’en supplie, réveille-toi. Va dormir chez toi. »

                « … Mmh… »

                « Grogne pas, dis juste oui. »

                « … Oui… »

                Elle répondit d’une voix marmonnée qui ne donnait pas l’impression qu’elle comprenait vraiment la situation, alors, les joues crispées, Amane redoubla d’efforts pour la ramener à la conscience, la secouant plus fort, mais pas au point de lui secouer le cerveau.

                Cela eut visiblement un certain effet, car Mahiru lui montra de nouveau ses yeux, mais —cette fois, elle bascula en avant, directement contre Amane, et enfouit son visage dans sa poitrine.

                Dans une voix étouffée, elle murmura. « Ça sent bon » En frottant sa joue contre lui. Un petit son étranglé s’échappa de la gorge d’Amane quand il l’entendit gémir.

                Sérieusement, cette fille est…

                Il essaya de se détacher de son corps mou, si désarmé qu’il se demanda si elle ne le faisait pas exprès à ce stade, mais il n’y parvint pas. En même temps, il ressentait l’envie de rester ainsi, de l’enlacer et de la couvrir d’attentions. Il aurait probablement mieux fait de s’écarter tout de suite et d’aller se cogner la tête contre un mur.

                Se mordant violemment la lèvre, Amane saisit les épaules de Mahiru et la repoussa lentement, et elle leva vers lui un regard vide, les yeux flous et sans vie.

                « Mahiru, il est déjà tard, tu ne veux pas rentrer chez toi ? On a cours demain, tu sais, donc si tu te réveilles en retard, tu vas avoir du mal. Je t’accompagne jusqu’à ta porte. »

                Mahiru vivait juste à côté, mais elle était clairement à l’ouest, et il n’était pas tranquille à l’idée de la laisser repartir seule.

                Qu’elle ait compris ou non, elle lâcha un « Bonne nuiii—… » d’une voix amorphe en se redressant en chancelant, ce qui était déjà une bonne chose. Elle semblait à deux doigts de retomber aussitôt, alors Amane se précipita pour la soutenir.

                Elle était épuisée par les examens et, en plus, elle l’avait laissé rester allongé sur ses genoux un long moment. Être restée immobile aussi longtemps avait dû être éreintant. Le sommeil l’écrasait, elle peinait à tenir debout.

                … Pas le choix.

                Amane était certain que, même s’il lui prêtait son épaule et réussissait à la ramener jusqu’à sa porte, elle s’effondrerait dès qu’elle aurait mis un pied dans son appartement.

                Il poussa un léger soupir et regarda le visage de Mahiru, qui s’appuyait de tout son poids contre lui.

                « Mahiru, tu es à bout, alors je vais t’emmener dans ta chambre. Je peux emprunter tes clés ? Je vais entrer avec toi dans ton appart. »

                Il n’était pas à l’aise à l’idée d’entrer dans l’appartement d’une fille, et il n’aimait pas devoir lui demander son autorisation alors qu’elle était à moitié inconsciente. Mais il se disait que, quitte à choisir entre ça et passer la nuit dans l’appartement d’un garçon, elle préférerait sans doute la première option, même si elle avait déjà fait la seconde plusieurs fois. Et puis, Amane savait qu’il dormirait mieux si Mahiru était dans son propre lit.

                Il la réveilla juste assez pour obtenir son accord, ce qui le rassura un peu.

                En réponse, Mahiru hocha lentement la tête.

                Après avoir confirmé son consentement, Amane glissa la main dans la poche de Mahiru pour en sortir les clés, en faisant de son mieux pour ne pas toucher sa hanche, puis la prit dans ses bras.

                Mahiru devait vraiment être très fatiguée, car elle se laissa aller contre lui et s’endormit à moitié. S’il ne la ramenait pas vite chez elle, elle allait s’endormir dans ses bras.

                Il sortit de son appartement en faisant le moins de bruit possible, se dirigea vers la porte de Mahiru et, toujours en la tenant, l’ouvrit doucement avec sa clé. Puis il la porta à l’intérieur.

                « … Excuse-moi pour l’intrusion. »

                L’intérieur était, bien sûr, agencé de la même manière que le sien. Amane savait que la disposition était identique, alors il savait aussi où se trouvait sa chambre.

                Mais son cœur se mit à battre la chamade dès qu’il entra. L’appartement de Mahiru avait une odeur sucrée et rafraîchissante, et la décoration différait de la sienne. On y devinait tout de suite sa personnalité méticuleuse et soignée. Le sol brillait tant il était propre, et il n’y avait quasiment aucune trace de saleté. Un miroir et quelques fleurs reposaient sur le meuble à chaussures appuyé contre le mur, ce qui donnait à l’ensemble une ambiance sobre, mais lumineuse et éclatante.

                Amane jeta un coup d’œil dans le salon, au-delà de l’entrée. Il eut l’impression qu’un adulte l’avait aménagé, avec un mobilier net et chaleureux dans des tons blancs doux et bleu pâle, assortis à la couleur naturelle du parquet.

                Et pourtant, on ne pouvait pas dire que quelqu’un y vivait vraiment. On ne voyait quasiment aucune trace de vie. À part pour dormir et aller en cours, Mahiru passait récemment presque tout son temps chez Amane, alors on pouvait presque dire qu’elle ne vivait plus ici.

                En réalisant cela, Amane ouvrit discrètement la porte de ce qu’il pensait être la chambre et entra.

                C’était la première fois de sa vie qu’il pénétrait dans la chambre d’une fille. L’endroit était si joli qu’il se dit que n’importe quelle autre fille en serait jalouse.

                Comme le salon, les couleurs principales étaient le blanc et le bleu clair, mais la chambre était encore plus élégante. On aurait dit une pièce soignée et raffinée.

                Amane trouvait aussi qu’elle avait l’air plus habitée et qu’on y sentait davantage la personnalité de Mahiru. L’endroit était bien rangé, fidèle à ses habitudes. Sur le bureau, à côté de ses manuels et livres de cuisine, trônait la peluche qu’elle avait gagnée au centre de jeux quand Amane l’y avait emmenée.

                Il y avait aussi l’ours en peluche qu’il lui avait offert pour son dernier anniversaire, toujours aussi propre qu’au premier jour. Il était posé à côté de son oreiller, et un ruban bleu marine avait été discrètement ajouté, en partie caché sous le ruban d’origine.

                Amane savait qu’elle tenait beaucoup à cet ours, mais le voir installé là, près de son oreiller, lui fit chauffer les joues.

                L’imaginer dormir avec chaque nuit était presque trop pour lui.

                Il mordit l’intérieur de sa joue dans une tentative désespérée de se ressaisir, puis il déposa lentement Mahiru sur le lit et la couvrit avec la couverture. Il se félicitait une fois de plus qu’elle ait mis un short avec des collants ce jour-là.

                Peut-être à cause de la sensation de son corps s’enfonçant dans le matelas, Mahiru entrouvrit à peine ses yeux encore embrumés de sommeil.

                Amane sourit malgré lui devant son air ensommeillé, s’agenouilla, et lui caressa doucement la tête de la paume de la main.

                « Tu es rentrée. Je te rendrai tes clés plus tard, t’en fais pas. »

                Elle l’avait touché plein de fois ce jour-là, alors il se dit qu’il pouvait bien la toucher un peu lui aussi. En replaçant une mèche tombée sur son visage, il lui pinça doucement la joue. Elle lâcha un petit rire, comme si ça la chatouillait, et afficha un sourire bien plus doux que d’habitude.

                Sans hésiter, les yeux encore à moitié clos, elle tapa du plat de la main sur le lit à côté d’elle.

                « … Toi aussi, Amane… »

                Il se figea en essayant de deviner la suite de la phrase.

                Elle semblait lui dire de venir dormir là. Peut-être même qu’elle voulait se servir de lui comme d’un oreiller vivant.

                … Elle ne pense pas ce qu’elle dit, elle ne sait pas ce qu’elle raconte.

                Amane tenta de s’en convaincre, refoulant les pensées qui menaçaient de le faire déraper.

                Il avait peur que, s’il restait, Mahiru dise quelque chose d’inimaginable. Alors il lui caressa tendrement la tête, comme pour endormir un enfant, et l’aida à sombrer.

                « Je rentre, d’accord ? »

                « … Non. »

                « Pas question que je reste dans la chambre d’une fille. Tu vas regretter de m’avoir demandé ça une fois réveillée. Je te vois déjà me frapper avec ton oreiller. »

                S’il se glissait dans le lit avec elle, non seulement, il serait incapable de dormir, mais, au réveil, Mahiru deviendrait écarlate de confusion. Et, pour cacher sa gêne, elle ne manquerait pas de lui balancer son oreiller à la figure.

                Il pouvait aussi prévoir qu’ensuite, les choses deviendraient gênantes entre eux, alors, pour le bien de sa santé mentale et de l’ambiance du lendemain, il dut puiser dans toute sa volonté pour quitter la pièce.

                Mahiru somnolait encore, mais semblait lutter contre le sommeil et contre les tentatives frénétiques d’Amane pour la calmer.

                Dans ce cas… Amane attrapa l’ours en peluche posé à côté d’elle et le pressa contre son visage.

                « Lui, il dit qu’il dormira là à ma place, alors détends-toi et dors tranquille. »

                Il semblait qu’elle gardait cette peluche près d’elle quand elle dormait, alors Amane avait décidé de l’utiliser pour l’aider à s’endormir.

                Il dégagea ses doigts de ses cheveux soyeux et lui murmura tout doucement « Bonne nuit ». Mahiru poussa un petit gémissement adorable et serra l’ours contre elle.

                Elle avait l’air innocente et enfantine, très loin de son attitude habituelle si sérieuse, si douce qu’il avait envie de la caresser encore.

                Elle était si charmante qu’il aurait peut-être pris une photo sur le moment s’il avait eu son téléphone à portée, et il se sentit soulagé de ne pas avoir emporté autre chose que la clé de son appartement. Prendre une photo du visage d’une fille endormie, c’était vraiment inapproprié. Il savait que c’était étrange rien que d’y penser.

                Enfin, les paupières de Mahiru, bordées de longs cils, finirent par recouvrir entièrement ses yeux, et sa respiration devint paisible dans son sommeil.

                Amane poussa un soupir discret, en prenant soin de ne pas la réveiller.

                … Elle est bien trop imprudente. C’était flippant.

                Amane savait qu’elle ne se comportait ainsi qu’avec lui. Mais cela ne changeait rien au fait qu’il avait du mal à voir la fille qu’il aimait baisser ainsi sa garde.

                Se félicitant d’avoir résisté à la tentation, Amane quitta la chambre de Mahiru aussi silencieusement que possible et sortit aussitôt de son appartement.

                Il savait qu’il lui faudrait un bon moment avant de réussir à s’endormir cette nuit-là.

***

« B—Bonjour… »

                « S—Salut… »

                Le lendemain, comme prévu, tous les deux étaient trop gênés pour se regarder dans les yeux. Mahiru venait rarement aussi tôt chez lui, mais naturellement, après ce qui s’était passé, elle était venue lui parler.

                Amane avait eu du mal à trouver le sommeil à cause de tout ce qui s’était passé la veille, et cela ne s’était pas arrangé quand elle était apparue dès le matin.

                Il se rappelait la sensation agréable de sa tête posée sur ses genoux, le parfum fruité qu’il avait senti, et la douceur qui lui était tombée sur la tête pendant qu’il se reposait. Puis, il se souvint de l’appartement de Mahiru, dans lequel il était entré de lui-même, avec son autorisation au moins. Son visage endormi, angélique, et sa voix douce et suppliante lui revenaient sans cesse en mémoire.

                Il avait passé la nuit à se tourner et se retourner dans son lit, torturé par l’image de Mahiru blottie contre l’ours en peluche, tellement adorable qu’il en avait mal au cœur.

                Il venait à peine de sombrer dans le sommeil après avoir longuement souffert quand son réveil avait sonné. Il était donc complètement épuisé.

                Mahiru, en revanche, semblait fraîche et reposée, comme si elle avait bien dormi. Mais elle était aussi très anxieuse et n’arrêtait pas de s’agiter, visiblement embarrassée.

                Amane allait prendre son petit-déjeuner quand Mahiru avait débarqué. Maintenant, il ne savait plus quoi faire.

                Sa récompense avait été trop intense, et maintenant qu’il connaissait cette sensation, il avait du mal à regarder Mahiru en face. Pour ne rien arranger, Mahiru ne semblait même pas se souvenir de ce qui s’était passé, ce qui ajoutait encore à sa culpabilité, en plus de la honte.

                « T—Tu viens faire quoi ici de si bon matin ? Ah, je sais, tu veux récupérer ta clé, c’est ça ? Désolé de l’avoir emportée. »

                « Ah, non, je… enfin, il y a de ça, mais c’est pas pour ça que je suis venue. »

                Même s’ils étaient proches, Amane trouvait que ce n’était pas correct d’avoir emporté la clé de l’appartement d’une fille. Il se sentait déjà mal d’avoir mis les pieds chez elle, même s’il n’avait pas vraiment eu le choix.

                … Je le savais, elle est en colère parce que j’ai vu sa chambre.

                Il se souvenait qu’elle était bien rangée et propre, mais il comprenait qu’elle lui en veuille d’y être entré pendant qu’elle était quasiment inconsciente. S’il avait vu ses sous-vêtements ou quelque chose d’autre de ce genre suspendu à sécher, Mahiru aurait sûrement refusé de lui adresser la parole pendant un moment, et lui-même n’aurait pas pu la regarder dans les yeux.

                Heureusement, il n’avait rien vu de tel.

                « J—Je peux te poser une question ? » Demanda Mahiru.

                « Bien sûr. »

                « … S—Sur mon bureau, il y avait un cadre photo, mais… »

                « Un cadre photo ? » Répéta Amane.

                Par politesse, il avait évité de trop scruter sa chambre, alors il ne se rappelait pas particulièrement d’en avoir vu un. D’après le ton de Mahiru, il semblait être posé parmi d’autres objets sur son bureau.

                Amane fouilla dans ses souvenirs, mais ne se souvenait d’aucun cadre photo. Il pensa donc qu’il avait simplement dû le rater.

                « Non, j’ai rien vu, mais… il s’est passé quelque chose ? J’ai cogné dedans et il s’est cassé ou un truc comme ça ? »

                « N—Non ! T—Tant que tu l’as pas vu, ça me va… tant que tu l’as pas vu. »

                Apparemment, Mahiru avait mis dans un cadre une photo qu’il ne fallait pas qu’il voie. Elle avait l’air tellement soulagée qu’il en vint presque à regretter de ne pas l’avoir aperçue. Mais c’était une question de vie privée, donc il n’allait évidemment rien dire.

                Mahiru avait l’air soulagée d’un grand poids.

                Amane se gratta la joue. « J’ai essayé de pas trop regarder ta chambre, tu sais ? Tout ce que j’ai vu, c’est les peluches que je t’ai offertes, et l’ours à côté de ton oreiller, celui avec lequel tu dors… »

                « Oublie que t’as vu ça ! » S’exclama Mahiru en lui tapant doucement le bras.

                « Mais tu m’en avais déjà parlé… » Répondit Amane sans réfléchir.

                Mahiru le fusilla du regard. « Ne me dis pas que je le serrais dans mes bras pendant que t’étais là. »

                « … T’étais à moitié endormie, et tu m’as supplié de dormir à côté de toi, ce que j’allais évidemment pas faire, alors je t’ai mis l’ours à la place. »

                « Dormir avec moi ?! »

                Mahiru avait l’air choquée, comme si elle ne croyait pas ce qu’elle venait d’entendre. Petit à petit, son visage devint complètement rouge.

                Elle ne doit pas vouloir croire qu’elle a dit quelque chose comme ça alors qu’elle était à moitié endormie…

                « J—Je t’ai vraiment dit ça ?! »

                « N—Non seulement tu l’as dit, mais en plus, tu m’as appelé par mon prénom et t’as tapoté l’espace à côté de toi… comme pour m’inviter à monter dans le lit… »

                « Aaah ! »

                Mahiru posa les mains sur ses joues et poussa un gémissement pitoyable. Son visage était cramoisi, et ses yeux tremblaient, au bord des larmes.

                « N—Non, ce n’est pas vrai, d’habitude, je n’ai pas ce genre de… pensées ! C’est juste que, euh, je… je me suis sentie détendue parce que tu étais là, alors… c’est pas comme si j’avais vraiment eu des envies déplacées… C’est sûrement juste que j’avais envie de ta c—chaleur corporelle, voilà tout. »

                « Ça veut dire quoi, ça ? »

                « Ne m’en demande pas plus, s’il te plaît ! »

                C’était très rare que Mahiru hausse la voix, et elle respirait fort en détournant brusquement la tête.

                Pour une fois, c’était Amane qui gardait son calme. « D—D’accord, je comprends pas trop pourquoi t’es si énervée, mais je vais pas insister. Juste, fais attention à l’avenir. Tu étais à moitié endormie, mais j’ai quand même plus ou moins eu ton autorisation avant de te ramener chez toi. Mais si tu ne t’étais pas réveillée, j’aurais été obligé de te coucher dans ma chambre. »

                « … Ça m’aurait pas dérangée. »

                « Qu’est-ce que t’as dit ? »

                « Rien. »

                Amane avait bien senti qu’elle avait marmonné quelque chose, mais il n’avait pas compris. Il semblait que ce n’était pas destiné à être entendu.

                « En tout cas, tu dois comprendre que même si je suis un ami de confiance, je peux pas te laisser dormir ici comme ça. Si tu recommences, j’aurai pas le choix : je t’utiliserai comme oreiller humain en dormant, je rigole pas. »

                Même s’il venait de faire une déclaration assez audacieuse, Amane savait très bien qu’il ne fermerait pas l’œil si ça devait vraiment arriver. Il voulait juste avertir Mahiru de ne pas être aussi négligente. Elle avait beau ne faire confiance qu’à très peu de gens, il pensait qu’elle devait malgré tout faire preuve de plus de prudence, même avec ses proches.

                En réponse au ton un peu critique d’Amane, Mahiru cligna exagérément des yeux, puis afficha un léger sourire.

                « C’est bien toi qui t’es endormi sur mes genoux sans problème. Tu l’as fait deux fois, tu sais ? »

                « C—C’est pas pareil. Un garçon qui s’endort devant une fille, c’est complètement différent d’une fille qui s’endort devant un garçon. Moi, j’étais pas en danger. »

                « … Tu ne sais même pas si je t’aurais vraiment rien fait. »

                « Tu m’aurais fait quoi ? »

                « Laisse-moi réfléchir… Peut-être que je t’aurais pris en photo ou quelque chose comme ça, pour rigoler. »

                Amane se sentit faiblir face au regard satisfait de Mahiru, comme si elle lui disait : « Et alors, tu penses quoi de ça ? » Mais elle ne sembla pas le remarquer.

                « … Ça me dérangerait pas tant que ça, mais du coup, je vais devoir vérifier ton téléphone. »

                « Et si j’avais sauvegardé la photo dans le cloud avant que tu t’en rendes compte, et que je l’avais supprimée de mon téléphone ? »

                « Arrête avec ça. Je commence à croire que tu serais capable de le faire, et ça me fait flipper. Et puis bon, ‘faire quelque chose’ venant de moi et venant de toi, c’est pas du tout la même chose, alors sois sérieusement plus prudente. » Amane lui attrapa les épaules et lui parla d’un ton grave. « Tu comprends rien du tout à ce que je dis. »

                Mahiru eut l’air surprise, mais elle ne recula pas, et ne détourna pas les yeux non plus. « Je comprends très bien. C’est bon. »

                « Pas du tout. Même pas un peu. »

                « Quel culot ! Je te dis que si. Tu me sous-estimes, voilà tout. »

                « Si tu comprenais vraiment, tu ferais pas tout ça. »

                « … Toi aussi, t’as encore du chemin à faire, Amane. »

                Amane fronça les sourcils, sans comprendre pourquoi elle était aussi frustrée contre lui, mais Mahiru poussa juste un petit soupir, se dégagea doucement de son emprise, et se dirigea vers l’entrée.

                Dans sa main se trouvait la clé de chez elle, qu’elle était venue récupérer. Elle avait dû la prendre sans qu’il ne s’en rende compte. Il l’avait laissée sur le plateau au-dessus du meuble à chaussures, dans l’entrée de son appartement.

                « Réfléchis un peu, Amane. » Dit-elle en quittant l’appartement.

                Amane se dit qu’elle ferait bien de s’appliquer ce conseil à elle-même. En se tenant le front, il grogna : « C’est lequel de nous deux qui comprend rien, au juste ? »

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source : traduction anglaise officielle par Yen Press

lien : https://yenpress.com

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