Traducteur: linkfet
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« Dis, je me demandais, Amane, tu fais quelque chose pour la fête des Mères ? » Demanda Mahiru d’une voix douce, comme si l’idée venait de lui traverser l’esprit. Ils regardaient la télévision ensemble, et elle avait aperçu une émission indiquée comme une fête des Mères spéciale. Amane avait tenté de changer de chaîne discrètement, pensant que Mahiru n’aimerait pas qu’on lui rappelle ses parents, mais elle ne semblait pas particulièrement affectée.
Il hocha la tête, un peu soulagé qu’elle ne soit pas contrariée. « Eh bien, je suppose que je vais envoyer un petit cadeau et un bouquet à la maison. »
C’était un peu contraignant, mais après tout, c’était sa seule et unique mère, et il estimait qu’en tant que fils, il devait lui montrer sa reconnaissance pour tout ce qu’elle avait fait pour lui. Mais comme il ne vivait plus chez ses parents, il ne pouvait pas le lui dire en personne.
« Vu que je suis loin, c’est à peu près tout ce que je peux faire. Si on vivait encore ensemble ou pas trop loin, j’aurais essayé de faire un peu plus, mais… »
« Comme l’aider pour les tâches ménagères ? »
« Honnêtement, si j’essaie d’aider, je ne fais que donner plus de travail. »
Grâce à Mahiru, Amane avait appris les bases des tâches ménagères, ou du moins suffisamment pour s’en sortir seul. Mais il ne pensait pas pouvoir tout faire au niveau d’exigence de ses parents, alors ils finiraient sans doute par refaire tout derrière lui.
« Je m’en doutais. »
« Je sais pas trop comment le prendre… »
« … Mais tu en as appris assez pour gérer les corvées du quotidien. Je veux dire, c’est loin d’être parfait, mais tu t’en sors. »
« C’est sévère comme jugement. Cela dit, tu n’as pas tort. »
« Hé hé. T’as encore du chemin à faire, Amane. »
« Oui, oui, je ne fais pas le poids face à la merveilleuse demoiselle Mahiru. »
« Tu l’as dit. »
Amane avait l’impression que même s’il y consacrait toute sa vie, il n’arriverait jamais à égaler Mahiru en matière de tâches ménagères.
Mahiru rit, un peu surprise par ses mots, et lui tapa le haut du bras, mais sans aucune méchanceté, alors il ne dit rien.
« Je ne sais pas comment tes parents ont pu te laisser vivre seul alors que tu ne savais même pas t’occuper de toi, Amane. »
Elle ne l’avait probablement pas dit consciemment— mais il était évident qu’elle y pensait.
Quand ils s’étaient rencontrés, Amane était tellement négligé que même Itsuki s’en inquiétait. Ce n’était donc pas étonnant que Mahiru doute encore de lui maintenant. Elle savait exactement à quel point ça pouvait être désastreux.
Amane fit semblant de ne pas ressentir le pincement douloureux dans sa poitrine et haussa les épaules. « En fait, je crois qu’ils n’ont jamais voulu me lâcher des yeux. J’étais un vrai bon à rien sans aucune compétence de base. »
« Donc c’est toi qui as décidé de partir vivre seul ? »
« Ouais. Il s’est passé certaines choses, et je ne voulais plus rester dans ma ville natale. »
S’il rendait ça trop grave, Mahiru risquait de s’inquiéter, alors il tenta de minimiser, essayant de garder son calme en le disant.
Mahiru se figea. Aussitôt, des lueurs de regret passèrent dans ses yeux couleur caramel. Amane n’avait pas voulu la troubler, mais Mahiru, particulièrement sensible à la douleur des autres, avait perçu une bribe du fardeau qu’il portait. Son intuition pouvait parfois être dérangeante.
Amane regretta d’avoir abordé le sujet. Il tendit la main et lui ébouriffa doucement les cheveux alors qu’elle lui adressait une grimace.
« Ah, tu n’as vraiment pas à t’inquiéter, tu sais ? » Dit-il. « En fait, ça me met dans l’embarras si tu t’en fais trop pour moi. Franchement, ce n’est pas si grave. Il y avait juste des types dans ma ville natale que je ne voulais plus revoir, alors je suis parti. »
En réalité, ce n’était pas si dramatique que ça. C’était juste que quelque chose en quoi il croyait sincèrement s’était effondré à la base, voilà tout. Il n’avait pas été blessé physiquement ou autre, et maintenant qu’il avait coupé tout contact avec ces gars-là, il menait une vie normale, et la douleur de ces vieilles blessures s’était atténuée.
Malgré ses mots, l’expression mélancolique de Mahiru ne disparut pas. Amane était un peu désemparé. « Je vais vraiment bien, tu sais ? Si c’était encore douloureux, je ne parlerais pas d’y retourner pour une visite. Pour moi, c’est du passé. »
« Menteur. »
« Menteur ? Attends un peu— »
« Si tu avais vraiment tourné la page, tu ne ferais pas cette tête-là. »
Mahiru trembla légèrement en tendant la main vers sa joue. Ses yeux baissés l’empêchaient de voir son expression, mais vu ce qu’elle disait, ce n’était sûrement pas beau à voir.
« … Si tu ne veux pas en parler, je comprends. Mais ça me fait mal de te voir souffrir. »
« Dis pas ça. Ce n’est pas si grave, c’est même pas une histoire intéressante, en vrai. » Insista Amane. « Tu t’inquiètes encore malgré tout ? » Demanda-t-il doucement, et Mahiru hocha légèrement la tête.
Amane se gratta la joue, ne sachant trop quoi faire. Il poussa un léger soupir.
« Hmm… Par où je devrais commencer ? Bon, je suppose que ça a du sens de commencer par pourquoi j’ai voulu quitter ma ville natale, hein ? »
« Oui. »
« C’est parce que je voulais mettre de la distance entre moi et mes amis… ou plutôt les gens que je croyais être mes amis. »
Ça ne sonnait pas comme une très bonne raison de déménager. La plupart des gens penseraient sûrement qu’il en faisait tout un plat pour pas-grand-chose.
Et pourtant, cette période était gravée à jamais dans la mémoire d’Amane.
« Comment dire… ? » Commença-t-il. « En fait, j’ai eu de la chance d’avoir une bonne famille. »
Mahiru parut un peu surprise par ce changement brusque de sujet, mais elle devait comprendre que c’était nécessaire pour saisir l’histoire en entier, car elle l’écouta en silence.
« J’ai eu des proches —mes parents et mes grands-parents— qui m’aimaient, et on n’avait pas de soucis d’argent. Je parle bien sûr financièrement. Ils me laissaient étudier et faire ce que je voulais. J’ai eu beaucoup de chance, je le sais. »
Ses parents avaient été particulièrement attentionnés avec lui, puisqu’il était leur fils unique, et ils l’avaient élevé en respectant son individualité.
« Mais à l’époque, je ne me rendais pas compte à quel point j’étais incroyablement chanceux, et je n’avais jamais appris à me méfier des gens. J’étais entouré de bonnes personnes et j’avais grandi entouré d’amour, alors pour être honnête, j’étais un enfant vraiment naïf. »
Aujourd’hui, Amane paraissait morose, mais avant que l’incident ne se produise, il avait été si honnête et joyeux qu’il était difficile de l’imaginer autrement. C’était un enfant très enfantin.
« … Je pense que ma naïveté m’a rendu particulièrement facile à manipuler et à utiliser. »
Il offrait sur un plateau d’argent beaucoup de moyens pour profiter de lui.
« Les nouveaux amis que je m’étais faits en début de collège… Je ne sais même pas si je peux vraiment les appeler des amis, mais les gars avec qui j’ai commencé à traîner… En réalité, ils me voyaient comme une cible facile, une bonne source d’argent. Quand on vient d’une famille aisée, c’est humain que certains veuillent en tirer profit. »
Ça paraissait pathétique dit comme ça, mais à l’époque, Amane avait été d’une honnêteté excessive et d’une crédulité déconcertante. En d’autres termes, il était facile à duper. Il avait grandi en croyant en la bonté innée des autres, et rien n’était jamais venu remettre en question cette naïveté redondante. Personne autour de lui n’aurait essayé de profiter de lui.
Le visage de Mahiru s’était durci, alors pour essayer de détendre l’atmosphère, Amane sourit et dit. « Bien sûr, je n’étais pas totalement stupide non plus, donc je ne leur ai jamais donné d’argent directement ou quoi que ce soit. » Mais l’expression de Mahiru se fit encore plus grave.
« Et puis, j’ai découvert qu’ils disaient tout un tas de choses dans mon dos. Ils critiquaient mon apparence. Je les ai entendus dire que j’étais répugnant, qu’ils me détestaient et qu’ils avaient prévu depuis le début de me soutirer tout ce qu’ils pouvaient. J’ai été choqué et assez déprimé pendant un moment. »
Chacun a ses préférences en matière de relations, et Amane n’aurait pas été blessé s’ils s’étaient contentés de dire qu’ils ne l’aimaient pas. Mais ces types, pensant pouvoir profiter de lui, lui avaient souri en face tout en l’insultant en secret, et ça, c’était insupportable.
Il avait raconté à Mahiru une version édulcorée de l’histoire, mais il y avait eu aussi des insultes difficilement répétables, et il en avait vraiment beaucoup souffert. Aujourd’hui, il serait capable de supporter ce genre d’abus, mais à l’époque, il était un garçon sincère et sensible, et c’en avait été trop pour lui.
« Bien sûr, je savais que tout le monde n’était pas comme eux. J’avais quelques amis en qui j’avais sincèrement confiance, et qui m’appréciaient. Mais une fois que j’ai commencé à douter des gens, la peur a pris le dessus. Je ne pouvais plus faire confiance à personne. »
Il s’était enfermé dans sa chambre pendant un temps et avait pleuré.
Il avait fini par s’en remettre grâce au soutien de ses parents, mais comme on pouvait s’y attendre, il avait eu peur de croiser de nouveau ces garçons, alors il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour les éviter aussi longtemps que possible—
« … Et donc j’ai quitté ma ville natale. Je suis parti pour repartir à zéro dans un endroit où personne ne me connaissait. Je suis parti pour ne plus avoir à être dérangé par ces types. »
Il ne savait pas s’il arriverait à s’en sortir seul, mais il avait décidé que sa tranquillité d’esprit valait bien le risque.
À cause de tout cela, il n’était plus capable de faire confiance aux autres aussi facilement qu’avant, et il était devenu un jeune homme introverti et méfiant, qui venait tout juste de réussir à se faire deux amis après un long moment. Amane en riait lui-même. Pour le meilleur ou pour le pire, il était devenu plutôt réservé, et maintenant, cette attitude faisait partie de lui, il ne pouvait plus la changer.
Une fois son récit terminé, Amane constata que Mahiru tremblait. Ses poings étaient serrés, et l’émotion qui vacillait dans ses yeux n’était autre que de la colère. Amane fut surpris de voir la douce Mahiru se mettre dans un tel état, et encore plus surpris en comprenant qu’elle était en colère pour lui. Cela lui fit un peu chaud au cœur.
« … Si j’avais été là, j’aurais mis mon poing dans la figure de ces horribles personnages. »
« Non, s’il te plaît, tu te ferais juste mal… Et tu n’as pas besoin de te salir les mains pour moi, même en rêve. »
Ces types ne méritaient pas que Mahiru se salisse les mains, même de loin. Et puis, Amane les avait déjà dégagés de sa vie. Ce serait une perte de temps pour Mahiru de se préoccuper d’eux.
Mahiru se détendit un peu. Elle avait tellement serré les poings que ses mains en étaient devenues blanches. Un peu de colère disparut de son visage, remplacée par une expression encore plus triste.
Quand il s’agissait d’Amane, Mahiru pouvait être d’une compassion presque douloureuse. Mais tout cela appartenait au passé, et Amane avait honte de l’avoir rendue si triste.
« Franchement, ce n’était pas aussi douloureux que ce que tu as vécu, alors tu n’as pas à t’attrister autant. »
« Amane, ce n’est pas quelque chose qu’on peut comparer. Et je ne veux même pas essayer. »
Elle le coupa net, et Amane fronça les sourcils en réalisant qu’il avait été maladroit. Mais elle le regarda en reprenant un air calme.
« Laisse-moi te dire une chose : ce n’est pas qu’il n’y a aucun intérêt à partager nos expériences, mais ta peine est la tienne. C’est un fardeau que toi seul peux porter, et il ne peut pas être comparé au mien. Il n’y a pas de mieux ou de pire. En toute honnêteté, je ne peux pas comprendre ta douleur, Amane, pas plus que tu ne peux comprendre la mienne. »
« … Ah. »
« Ce que je peux faire, c’est accueillir ta tristesse et te soutenir… comme tu l’as fait pour moi. Je veux être là pour toi, et je veux que tu t’appuies sur moi. » Mahiru murmura cela en posant ses deux mains sur les joues d’Amane.
Il sentit peu à peu une chaleur monter du fond de sa poitrine et derrière ses yeux. « … Mais je compte déjà tout le temps sur toi, tu sais. »
« Je veux dire émotionnellement parlant. »
« Je compte toujours sur toi. »
« … Eh bien, fais-le encore plus. »
« Ne m’encourage pas à trop en demander, s’il te plaît. »
« Je vais le faire. Énormément. »
« Je ne le mérite pas. »
« Pourquoi tu t’inquiètes de ça maintenant ? J’ai toujours su que tu étais un cas désespéré, Amane. »
Il grimaça en entendant cette vérité cruelle dite avec tant de désinvolture. Mais même si elle semblait exaspérée, Mahiru le regardait avec des yeux doux et plein d’amour, qui disaient tout le contraire.
« … Mais je sais aussi que tu es quelqu’un de très bien, et que tu es capable d’endurer énormément. Trop, même. » Ajouta-t-elle. « Tu peux au moins me laisser te chouchouter un peu. »
Sa douce voix murmurante, sincère et bienveillante, menaçait de balayer les dernières résistances d’Amane. Il pouvait s’imaginer la laisser le choyer pour toujours, et cette idée lui inspira une profonde terreur, car il savait que s’il devenait trop dépendant de la fille qu’il aimait tant, plus rien d’autre ne lui semblerait aussi doux.
Pour préserver ce qui lui restait de dignité, Amane secoua lentement la tête. « Vraiment, ça va. »
Mahiru battit des paupières et poussa un soupir théâtral. « … Tu fais encore le type cool, hein ? Espèce d’idiot. »
Elle le taquina gentiment, puis glissa ses mains de ses joues jusqu’à l’arrière de sa tête. Et elle le tira vers elle de toutes ses forces.
Avant qu’il ne puisse réagir, le visage d’Amane se retrouva pressé contre la poitrine de Mahiru. Il se figea. Il sentait la douceur de sa peau, entendait battre son cœur, et lorsqu’il inspira, ses poumons se remplirent de son parfum sucré —un mélange de lait et de quelque chose de floral, avec une note vive, comme de la pomme verte— et son esprit devint un chaos total.
« Laisse-moi te choyer, s’il te plaît. »
« … Tu es vraiment directe. » Ce fut tout ce que son cerveau embrumé réussit à formuler.
Mais les épaules de Mahiru frémirent de rire. « Tu t’en rends seulement compte maintenant ? Tu sais, parfois, les filles peuvent être très insistantes. » Murmura-t-elle malicieusement.
Parfaitement consciente de la confusion d’Amane, Mahiru passa doucement ses bras autour de son dos, l’empêchant ainsi de s’éloigner. Bien sûr, elle restait une jeune fille mince, donc s’il avait vraiment voulu se dégager, il l’aurait pu. Mais son parfum sucré, sa chaleur, sa tendresse agréable et le rythme apaisant de son cœur avaient vidé Amane de toute volonté de lui résister.
« … Et puis, je suis du genre à toujours rendre ce qu’on m’a donné. » Murmura-t-elle. Amane devait se battre pour ne pas se perdre dans sa chaleur. « Tu étais là pour moi, Amane. Tu m’as choyée, toi aussi, tu te souviens ? Alors maintenant, c’est à mon tour. Laisse-moi te le rendre. C’est bien le minimum. »
« … C’est déjà bien plus qu’il n’en faut. »
« Dans ce cas… un jour, quand je serai triste à nouveau, tu pourras être là pour moi. Comme ça, on sera quittes. » Son ton était léger et joueur, et il était clair qu’elle n’avait aucune intention de céder.
Amane finit par capituler et se laissa aller contre Mahiru. Mais cette fois, il passa un bras autour de son dos et posa sa tête sur son épaule, plutôt que sur sa poitrine. C’était tout ce qu’il pouvait faire.
Mahiru sourit devant ce choix, puis l’enlaça fermement et accueillit tout son poids.
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« C’est pas normal… »
Plusieurs dizaines de minutes s’étaient écoulées, même si Amane avait eu l’impression qu’une éternité était passée. Quand il releva la tête et s’éloigna d’elle, sa voix était froide et teintée d’amertume. Il n’en voulait pas à Mahiru, non. Il avait honte de lui-même, de s’être laissé aller et profiter de sa gentillesse.
Mais Mahiru se contenta de lui sourire sans l’ombre d’une inquiétude. « Bon, je n’aime pas te voir triste, alors… la prochaine fois, je te gâterai encore plus tôt. »
« … Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire… »
Amane se surprit à jeter un œil furtif vers sa poitrine. Il détourna immédiatement les yeux. Elle avait été si gentille avec lui, il ne voulait pas se montrer vulgaire. Il avait réussi à se contenir cette fois, mais la prochaine… il n’était pas sûr d’y parvenir.
Mahiru avait confiance en lui. Elle ne l’aurait jamais pris dans ses bras si elle n’était pas à l’aise. Mais il restait tout de même surpris par son insistance.
Et même si sa tendresse avait apaisé les blessures de son passé, cela ne faisait que mettre en relief une nouvelle douleur dans son cœur.
« Pourquoi tu me fuis toujours ? » Demanda Mahiru.
« Je ne sais pas quoi faire quand tu me chouchoutes comme ça. ‘fin, je suis un mec, tu vois. »
« Je le sais… »
« On dirait pas, franchement. »
Elle devrait être plus prudente, pensa-t-il. Et s’il en avait profité pour frotter son visage où bon lui semblait ? Qu’aurait-elle fait dans ce cas ? Il voulait qu’elle comprenne qu’il y avait des limites à ne pas franchir, même avec lui.
Il n’était pas certain de pouvoir se maîtriser la prochaine fois qu’elle lui permettrait de plonger son visage dans la poitrine de la fille qu’il aimait. Amane soupira. Mahiru avait trop confiance en lui et lui pardonnerait sûrement tout.
Les yeux de Mahiru se plissèrent. Elle avait l’air profondément blessée.
« … Amane, je ne te comprends pas du tout. »
« Qu’est-ce que j’ai fait ? »
« Tout, justement. Espèce d’idiot. »
Mahiru se leva du canapé dans un souffle vexé. Même ses reproches avaient l’air adorables. Laissant Amane réfléchir à sa colère, elle lui tourna le dos et se dirigea vers la cuisine.
Il la regarda s’éloigner, l’air absent. Elle paraissait si frêle et instable, mais il y a un instant, c’était elle qui le soutenait.
« Amane, tu es parfois vraiment lent d’esprit. » Continua-t-elle à le gronder d’une voix basse et irritée, qu’elle ne pensait visiblement pas qu’il pouvait entendre. Alors Amane se contenta de la suivre du regard avec un petit sourire en coin—
« Même, alors que je ne le ferais pour personne d’autre que toi. »
Puis ses oreilles captèrent cette autre plainte, à peine murmurée.
Sa respiration se bloqua dans sa gorge.
Pendant une seconde, son cerveau refusa de comprendre ce qu’elle venait de dire. C’était un choc.
Il se força à reprendre son souffle, peu profond.
Puis, une vague intense d’émotion enflamma sa poitrine, et Amane se leva d’un bond, comme poussé par une force incontrôlable. Il tendit la main vers elle.
« … Mahiru ? »
« Qu’est-ce qu’il y a… ? »
Avant qu’elle ait le temps de se retourner, Amane l’enlaça, la serrant fort contre lui comme pour la protéger du monde entier. Le corps frêle de Mahiru se mit à trembler, et sa voix vacilla, mais elle ne le repoussa pas. Elle semblait surprise, mais pas contrariée.
Amane entoura son corps délicat de ses bras. Il y a un instant, elle le soutenait. Maintenant, il posa son menton sur le sommet de sa tête pour l’empêcher de se tourner vers lui.
« … Ça ne t’a pas dérangé de m’enlacer de face, mais dès que c’est par-derrière, tu paniques. » Plaisanta Amane.
« N’importe qui serait surpris d’être pris dans les bras comme ça, sans prévenir ! »
« C’est toi qui as dit que je pouvais me reposer sur toi. Je me suis retenu de le faire parce que je savais que quelque chose comme ça pourrait arriver… C’est mauvais pour mon cœur. »
Amane n’avait pas eu l’intention que cela arrive. Il allait laisser Mahiru bouder dans son coin, mais quand il avait entendu ce qu’elle avait dit, un élan soudain d’émotion, de gêne et de joie l’avait envahi en même temps, et la raison l’avait quitté —son corps s’était dirigé vers Mahiru de lui-même.
Il la serra doucement, mais fermement, comme s’il ne voulait pas la laisser s’échapper, Mahiru qui lui semblait pouvoir se briser s’il la serrait trop fort.
Mahiru tenta de se retourner pour lui faire face, mais Amane lui murmura à l’oreille. « Ne te retourne pas. »
Elle baissa la tête. Son visage était rouge vif, et il l’entendit murmurer : « … Idiot. »
… Je suis un idiot, tu as parfaitement raison.
Il ne pouvait pas le nier. Il profitait de sa gentillesse à un moment de vulnérabilité… Il était clairement un sale type.
Mais Mahiru ne s’était pas détachée de son étreinte, et il lui en était au moins reconnaissant. Il savourait sa chaleur en pressant son visage contre ses cheveux, exactement comme elle l’avait fait plus tôt quand elle essayait qu’il accepte sa générosité. La différence, pensa Amane, c’est qu’il savait maintenant comment elle allait réagir.
« Maintenant, tu comprends ce que je ressentais tout à l’heure ? » Demanda-t-il.
« J—Je comprends, mais… »
La nervosité dans sa voix montrait qu’elle était bouleversée. Ses oreilles étaient rouges, et même s’il ne pouvait pas voir son visage depuis cet angle, Amane n’avait aucun doute qu’il était tout aussi rouge.
Même Amane comprenait qu’il avait fait quelque chose de mal. Il avait seulement fait ça parce qu’il était sûr qu’elle ne le rejetterait pas.
« … Hum, écoute. Tu n’as vraiment pas besoin de t’inquiéter autant pour moi. » Dit-il. « Ce n’est pas comme si j’étais mourant d’une maladie incurable ou autre. Et puis, je peux être plutôt sans gêne, parfois, donc si tu me gâtes trop, je finirai par abuser de ta gentillesse. »
Mahiru écouta les paroles d’Amane en silence, puis poussa un soupir. « … Si ça t’apaise, si ça t’aide à guérir, alors je ne refuserai pas un câlin. »
Elle leva une main et le toucha doucement au bras. Elle ne le repoussa pas, ne le frappa pas, elle posa simplement sa main contre son bras, comme pour l’attirer un peu plus. Amane se dit de ne pas aller trop loin, mais il enfouit quand même son visage dans les cheveux de Mahiru.
« Je suis un mec rusé, tu sais. Je savais que tu accepterais ce fardeau, alors j’ai commencé à me reposer sur toi. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? J’ai toujours su que tu étais un cas. »
Amane savait que ses récents agissements étaient nés de sa propre lâcheté, mais il ne comprenait pas bien ce qu’elle voulait dire par un cas.
« … J’ai l’impression que tu veux me dire quelque chose… »
« Oui, si tu as un minimum de bon sens, il est temps de te ressaisir. Mon cœur ne tiendra pas longtemps à ce rythme. »
« J’ai vraiment aucune idée de ce dont tu parles. » Protesta Amane.
« Mmm-hmm. » Fit Mahiru, puis elle le tapa doucement sur le bras. Ce n’était pas douloureux, et il rit doucement devant son attaque espiègle.
« Je suis désolé d’être autant un problème. »

« … Eh bien, puisque tu es un cas, de toute façon, autant aller jusqu’au bout. »
« Mais… Ce que tu disais tout à l’heure… »
« Ça, c’était une chose, mais maintenant, c’en est une autre. »
« Oh… ? »
Il ne savait pas trop ce que Mahiru voulait dire, mais elle semblait avoir une idée bien précise, alors Amane n’alla pas discuter.
Si Mahiru pensait qu’il était un tracas, c’est qu’il l’était probablement. Mais il ne savait pas quoi répondre quand elle lui disait d’en faire encore plus.
« Moi aussi, je peux être rusée, tu sais. » Dit Mahiru. « Donc je suppose que je n’ai pas vraiment de quoi me plaindre. »
« En quoi, Mahiru ? »
« Hmm, à ton avis ? »
Il sentit son corps trembler légèrement de rire.
« Si tu n’as pas encore réalisé que moi aussi, j’ai quelques tours dans ma manche, tu as encore du chemin à faire, Amane. »
Même si Amane ne pouvait pas voir son visage, il était évident qu’elle riait joyeusement. Gracieusement, elle glissa hors de ses bras et se retourna pour lui faire face.
Son expression, à ce moment-là, était vive, espiègle, tendre et douce —un sourire ravissant et magnifique qui enchanterait n’importe qui. Amane en resta sans voix.
Quand elle vit Amane comme ça, Mahiru sembla satisfaite, et elle se dirigea vers la cuisine dans son entrain habituel.
Amane la regarda quitter la pièce, puis s’effondra sur le canapé.
… Toi aussi, t’es une sacrée idiote, tu sais.
Qu’est-ce qu’elle essayait de faire en lui lançant un regard pareil ? Il ne pensait pas être capable de trouver les mots pour le lui demander. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était rester là, à marmonner dans son coin.
Mais la douleur au fond de sa poitrine avait disparu.
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source : traduction anglaise officielle par Yen Press
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