Traducteur: linkfet
============
« Bon, j’aimerais te poser quelques questions sur ce qui s’est passé avant-hier. »
C’était deux jours après la sortie d’Amane avec Mahiru. Le jour où il avait prévu d’aller chanter au karaoké avec Itsuki et Yuuta.
À peine étaient-ils entrés dans la salle qu’ils avaient réservée, Yuuta s’était tourné vers lui avec un sourire.
Amane s’était préparé à être interrogé, mais malgré tout, il se sentait très mal à l’aise d’être à nouveau questionné à ce sujet.
Itsuki, qui semblait déjà au courant grâce à Yuuta, affichait une expression qui disait clairement Ah, t’es grillé ! Il ne faisait même pas semblant de cacher son amusement.
Après avoir porté à ses lèvres un verre de soda au melon pris au distributeur pour s’éclaircir la gorge, Amane se résigna à expliquer.
« … C’est pas si important que ça. Itsuki et Chitose étaient déjà au courant. Mahiru et moi, on est voisins. C’est vraiment le fruit du hasard. Et bon, avec le temps, il s’est passé plein de trucs, et on s’est rapprochés, je suppose. »
Grâce à Chitose, il n’était plus possible de cacher qu’ils s’appelaient par leurs prénoms, alors en expliquant, Amane utilisa naturellement celui de Mahiru, comme il le faisait chez lui.
« Vous avez appris à vous connaître, et ensuite, vous vous êtes fait une sortie ensemble ? »
« Ouais. »
Ils étaient évidemment bien plus que de simples connaissances. Dans le meilleur des cas, ils avaient l’air d’amis, dans le pire, d’un couple. Mais pour Amane, par égard pour la réputation de Mahiru, il devait nier tout en bloc.
« C’est absolument pas le genre de relation que tu t’imagines, Kadowaki. » Insista-t-il.
« Et j’ai bien l’impression que ce n’est pas exactement ce que tu décris, Fujimiya. »
« Mais enfin— »
« Franchement, ils sont bien au-delà de simples amis. » Intervint Itsuki. « Shiina lui prépare à dîner tous les jours, quand même. »
Amane tiqua et lança un regard noir à son ami. « Itsuki ! »
« De toute façon, la vérité allait finir par sortir, alors autant tout balancer maintenant. »
Vu comme ça, Itsuki n’avait probablement pas tort, mais en balançant tout à coup qu’Amane mangeait la cuisine maison de Mahiru tous les jours, il avait juste semé la confusion.
« … Donc, c’est un peu comme si c’était ta copine ? »
« Même pas en rêve. » Insista Amane. « On vit chacun seul, alors c’est plus pratique de partager les frais de courses et de cuisiner pour deux, c’est tout. »
« Oui, bien sûr, c’est juste ça… » Lança Itsuki d’un ton faussement convaincu.
Yuuta avait l’air peu impressionné. « C’est pas super convaincant, Fujimiya… »
« Toi aussi, Kadowaki… »
Il était bien conscient qu’il n’était pas amoureux de Mahiru, et vice-versa, mais il avait du mal à expliquer ça, et le regard insistant de Yuuta le rendait nerveux. Pas qu’il ait été très détendu à la base.
« En général, une fille n’entre pas dans l’appart d’un gars qui n’est pas digne de sa confiance, et elle traîne encore moins chez lui. Sauf si c’est elle qui lui court après. »
Cette remarque finale de Yuuta semblait tirée de son expérience personnelle, ce qui rappela à Amane à quel point Yuuta se méfiait des intentions des filles. Mais il avait raison, dans une certaine mesure.
Les filles, et Mahiru en particulier, faisaient généralement preuve de prudence, et n’approchaient pas les garçons sans raison valable. Amane se disait que le fait que Mahiru passe autant de temps avec lui relevait presque du miracle. Mais c’était un cas particulier.
Il avait du mal à croire qu’elle puisse l’aimer comme un garçon ou quelque chose dans ce genre. Parfois même, il se disait que si Mahiru était aussi à l’aise avec lui, c’était peut-être parce qu’elle ne le considérait même pas comme un homme.
« … Fujimiya, tu es bien trop dur avec toi-même. » Soupira Yuuta. « Et t’es vraiment têtu. »
« On est d’accord. » Approuva Itsuki.
Ils le regardaient tous les deux avec un air exaspéré, ce qui mettait Amane franchement mal à l’aise.
« Alors, pour faire simple, tu l’aimes, Shiina ? »
Yuuta lança cette question complètement inattendue pile au moment où Amane buvait son soda pour masquer son malaise, et il faillit le recracher. « … Pourquoi tu me demandes ça, comme ça ? » S’étrangla-t-il.
« Bah, tu restes évasif, mais j’ai vu comment tu étais avec Mahiru. Je suis sûr que tu tiens à elle, même un peu. Et je l’ai vu dans ton regard —dans ton attitude, en fait— que tu l’aimes bien. »
Amane hocha doucement la tête. « … Et alors ? Il y a un problème avec ça ? »
Bon sang, Kadowaki est vachement observateur…
Yuuta lui sourit, un peu gêné. « Non, c’est pas un problème, mais… hmm, ça va pas être simple, je pense. »
« Je me fais pas d’illusions sur le fait de sortir avec Mahiru. »
« Oui, oui, je vois que t’as encore plein de choses à comprendre. Itsuki est là pour te motiver, aussi. »
« On peut dire ça. » Marmonna Itsuki. « Mais ce que j’ai vraiment envie de faire, c’est de lui botter sérieusement les fesses. »
Yuuta hocha la tête. « Je comprends parfaitement ce que tu ressens. »
« Ne me dis pas que vous êtes d’accord là-dessus tous les deux… » Grogna Amane.
Alors maintenant, Kadowaki veut me filer un coup de pied aux fesses, lui aussi ?
« Écoute, mec, le truc, c’est que… c’est frustrant à regarder. » Déclara Itsuki. « On voudrait que tu fasses un peu avancer les choses. »
« Foutez-moi la paix ! »
« Attends, écoute au moins une seconde, d’accord ? » Insista Itsuki. « Shiina baisse vraiment sa garde quand elle est avec toi. Si tu fais, ne serait-ce qu’un peu, le premier pas, elle finira par craquer, c’est sûr. »
« Ok, d’accord, j’avoue, Mahiru m’aime peut-être bien, mais… c’est pas de ce genre d’amour-là, tu vois ? »
Itsuki faisait paraître ça si simple, mais Amane savait bien que ce n’était pas le cas.
Pour commencer, il était incroyablement gêné rien qu’en pensant à ses sentiments les plus profonds pour Mahiru. Il devait bien admettre qu’elle semblait s’intéresser à lui plus qu’à n’importe quel autre garçon, mais il ne pensait pas que ses sentiments étaient romantiques. Il supposait plutôt que c’était un peu comme ce que l’on pouvait ressentir pour un confident proche et digne de confiance.
« Comment tu peux dire ça alors que t’as vu la façon dont elle te regarde ? »
« Qu’est-ce qu’elle pourrait bien trouver d’attirant chez moi ? »
Quand Amane répondit ça, Itsuki lui donna une grande tape dans le dos.
« … Aïe ! »
« Désolé de t’avoir frappé, mais franchement, tu plaisantes, j’espère ? Tu manques tellement de confiance en toi ! Tu perds tes moyens ou tu fuis au pire moment. »
« … Ouais, et alors ? Je suis comme ça, j’y peux rien. »
« Il faut qu’on te débarrasse de cette habitude. Tu es bien trop dur avec toi-même. »
« Mahiru me le dit souvent, elle aussi. »
« … Donc ça dérange aussi Shiina ? » Demanda Yuuta.
« Ça nous dérange tous, nous qui devons le regarder faire ! » S’exclama Itsuki. « Ce gars est tellement borné avec ce genre de choses. »
« Taisez-vous un peu ! »
Amane détestait vraiment quand les autres se liguaient contre lui.
C’était comme ça qu’il était, et même s’il essayait de changer, ce ne serait sûrement pas facile. Les souvenirs traumatisants ne disparaissent pas simplement parce qu’on le veut. Il ne s’était pas encore écoulé assez de temps pour qu’il essaie d’oublier et d’aller de l’avant.
Amane savait bien à quel point il était pathétique et inutile, mais il n’y pouvait rien.
« Je veux dire, je peux pas t’y forcer si tu dis que t’en as marre. » Dit Itsuki. « Mais si tu aimes Shiina, et que tu veux sortir avec elle, tu dois faire plus d’efforts. »
« … Et tu crois que j’en suis capable ? »
« Si t’étais pas une aussi grosse poule mouillée… »
« Oh, la ferme. »
« Bon, ça suffit. » Intervint Yuuta. « Mais je dois dire que je suis d’accord avec Itsuki. Tu devrais avoir un peu plus confiance en toi, Fujimiya. Franchement, t’attirerais beaucoup l’attention à l’école si tu t’habillais comme l’autre jour. Tu devrais peut-être t’exercer un peu. »
« M’exercer ? »
« Ben ouais, t’as pas eu de mal à te faire beau pour Shiina, et t’as pas paniqué quand moi je t’ai vu comme ça. Alors entraîne-toi à adopter ce nouveau look devant des gens que tu connais, pour t’y habituer. Une bonne façon de profiter de cette pause, non ? »
« … Tu veux dire quoi ? »
« Voyons voir… j’ai de la cire pour cheveux quelque part… »
Rapidement, Yuuta sortit une cire coiffante pour hommes de son sac. Quand leurs regards se croisèrent, Yuuta affichait un grand sourire assuré. Typique du prince de la classe, un sourire magnifique, mais qui glaça Amane jusqu’à la moelle. « Alors, tenté ? » Demanda-t-il.
« … Je passe mon tour. »
« Allez, fais pas ton timide. »
« Euh, on est pas censés faire du karaoké ? On est dans une salle de karaoké, non ? »
« Ah, t’as raison ! » Répondit Yuuta. « Bon, je vais chanter, alors je te confie Amane, mon cher Itsuki. »
« Laisse-moi faire. »
« Vous vous foutez de moi… » Marmonna Amane. Il ne reçut en retour qu’un sourire plein d’entrain.
« D’habitude, je forcerais pas quelqu’un, mais… dans ton cas, Amane, il est temps que tu t’habitues à être un peu le centre de l’attention, alors faut employer les grands moyens ! »
« Hé, tu peux pas… Waaah ! »
Itsuki afficha un large sourire, un peigne et la cire en main, et même si Amane tenta de reculer, il n’y avait pas assez de place dans la petite salle de karaoké pour une vraie fuite.
Amane dut donc supporter le chant joyeux de Yuuta pendant qu’Itsuki s’amusait à coiffer ses cheveux.
***
« … Bon ret—our… ? »
Quand Amane rentra chez lui, Mahiru sortit pour l’accueillir, un point d’interrogation dans la voix.
Elle préparait des steaks hachés mijotés pour le dîner et était entrée un peu plus tôt dans l’appartement d’Amane pour faire la sauce.
Elle lui avait envoyé un message pour dire que le repas était presque prêt, donc il savait qu’elle serait là, mais en voyant le visage de Mahiru, il ressentit une grande vague de soulagement.
« Je suis rentré… »
« Pourquoi t’as l’air si épuisé… ? »
« … Itsuki a fait ce qu’il voulait de moi. »
Itsuki n’avait encore jamais vu le look ‘homme mystérieux’ d’Amane, alors il avait coiffé ses cheveux comme il pensait que ça ferait stylé, ce qui, évidemment, ne correspondait pas du tout à ce dont Amane avait l’habitude.
Et pour ne rien arranger, après le karaoké, les garçons l’avaient traîné dans un magasin où ils vendaient le genre de vêtements qu’Amane n’aurait jamais eu, et ils étaient partis à la chasse à une tenue qui lui irait.
Il n’avait pas vraiment détesté l’expérience ou quoi que ce soit, mais il était complètement épuisé, après avoir été traité comme une poupée par ses deux amis.
« Eh bien, t’as eu une dure journée, hein ? »
« … Ils ont joué avec moi comme avec un jouet… »
« Tu dois être fatigué. »
Peut-être parce qu’elle avait bien vu qu’il n’était pas vraiment fâché, Mahiru laissa échapper un petit rire discret en le félicitant pour sa patience.
Un peu gêné d’être aussi facile à lire, Amane lança le sac contenant les nouveaux vêtements dans sa chambre, puis alla se laver les mains.
Mahiru retourna à la cuisine pour servir le dîner, donc, quand Amane revint dans le salon après s’être lavé les mains et rincé la bouche comme il fallait, elle avait déjà posé les assiettes de steaks hachés mijotés sur la table.
Amane se sentit un peu coupable de ne pas avoir aidé, alors comme toujours, il se dirigea vers la cuisine pour servir le riz cuit.
Amane avait toujours trouvé que le riz allait parfaitement avec les steaks hachés, et le doux parfum du riz fraîchement cuit le fit sourire.
« Pfff… Je suis crevé… Mais en fait, ça m’a fait apprécier encore plus Itsuki et Yuuta. Ils sont incroyables. »
« Que veux-tu dire ? »
Une fois la salade et le potage servis, et après s’être installés face à face à la table, Mahiru inclina la tête, intriguée par les grognements curieux d’Amane.
« Eh bien, on s’est fait accoster sans arrêt pendant qu’on se promenait. Ça m’a fait comprendre que les mecs qui ont toujours été populaires sont d’une autre espèce. Ils sont habitués à ce genre de traitement, et leur manière de vivre est tout simplement différente. »
Après le karaoké, quand les garçons étaient partis faire les boutiques, plusieurs filles, qui semblaient être étudiantes à l’université, étaient venues leur parler à plusieurs reprises.
Bon, Itsuki et Yuuta étaient tous les deux des garçons séduisants, chacun à sa façon, donc il était naturel qu’ils attirent les regards. Ils avaient été victimes de ce qu’on appelle des dragueuses.
Ils avaient cependant décliné toutes les avances. Itsuki avait son grand amour, Chitose, et le prince de la classe détestait visiblement les filles trop insistantes. Il affichait un sourire doux, mais restait toujours sur ses gardes, et au bout d’un moment, les prétendantes comprenaient qu’il les éconduisait. Même en les rejetant, Yuuta restait aimable et attentionné, sans jamais blesser personne. Et apparemment, ça lui réussissait bien. Amane, lui, avait eu du mal à gérer une situation similaire un peu plus tôt, et il avait été impressionné par la maîtrise de son ami.
« … Est-ce qu’elles t’ont parlé, à toi aussi, Amane ? »
« Oui, mais seulement parce que j’étais avec eux. »
S’il devait deviner, les filles s’étaient surtout intéressées à ses deux amis, et l’avaient vu comme un petit bonus. Après tout, il savait très bien qu’il n’était pas doué pour parler avec des inconnus. Parfois, quelqu’un l’abordait quand il sortait, mais cette fois, avec deux garçons aussi séduisants à ses côtés, il était évident qu’on ne lui accorderait pas une seconde d’attention.
Amane haussa les épaules et sourit d’un air un peu amer, mais pour une raison inconnue, Mahiru faisait la moue, les lèvres boudeuses.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu vas encore me dire que je suis trop dur avec moi-même ? »
« Eh bien, il y a de ça… mais ce n’est pas tout. »
« Alors, qu’est-ce que c’est ? »
« … Si tu ne comprends pas, ce n’est pas la peine. » Répondit Mahiru de manière évasive, avant de joindre les mains pour dire « Bon appétit ».
Amane était perplexe, mais il l’imita, joignant les mains pour remercier à la fois pour le repas et pour Mahiru.
***
C’était le lendemain de la sortie karaoké des trois garçons.
Comme d’habitude, Mahiru était venue chez Amane.
Dernièrement, elle passait beaucoup de temps chez lui en dehors des cours. Depuis le début de la Golden Week, elle venait presque tous les jours. Même quand elle n’était pas là dans la journée, elle venait systématiquement préparer le dîner en soirée. Amane, bien sûr, était ravi d’avoir l’élue de son cœur aussi proche de lui, alors il la laissait faire à sa guise.
Ce jour-là, elle était assise à côté de lui, concentrée sur son téléphone. Utiliser son téléphone était une chose tout à fait banale, évidemment, mais cette fois, elle fixait l’écran avec plus d’enthousiasme que d’habitude.
Et même si cela aurait été une intrusion dans sa vie privée de regarder l’écran, et qu’Amane n’en avait pas l’intention, il ne put s’empêcher de faire une remarque, tant l’attitude de Mahiru lui semblait inhabituelle. D’ordinaire, elle utilisait son téléphone pour envoyer un message ou faire une recherche rapide.
« Qu’est-ce que tu regardes depuis tout à l’heure ? » Demanda Amane, pensant qu’il n’était pas impoli de simplement poser la question.
Pour une raison inconnue, Mahiru sursauta. Puis elle tourna vers Amane un regard inquiet, les sourcils froncés. Amane était intrigué. Il ne comprenait pas ce qui pouvait la faire réagir ainsi.
Mahiru détourna alors les yeux. Elle ne faisait cela que lorsqu’elle se sentait coupable.
« … Tu caches quelque chose. » Insista Amane.
« C—Cacher… ? Eh bien, promets que tu ne te mettras pas en colère ? »
« Tu fais quelque chose qui pourrait me fâcher ? »
On lui avait déjà dit que son expression naturelle paraissait un peu renfrognée, mais il se mettait rarement en colère, et jamais contre Mahiru. Il ne pensait pas qu’elle lui donnerait une vraie raison de s’énerver —au pire, il pouvait s’imaginer être un peu agacé.
« … Selon ton humeur, peut-être que tu t’énervas. »
« Hmm. Eh bien, pourquoi tu ne me dis pas, et on verra ? »
« … Ta mère m’a envoyé… des vieilles photos de toi. »
« Oh, je suis sûr qu’elle avait de quoi faire… »
Il avait bien des questions à poser à sa mère sur ce qui lui avait pris d’envoyer des photos de lui à Mahiru comme ça, sans prévenir.
« E—En fait, il y a une raison, tu vois. Je discutais avec ta mère, et on a parlé de la fête des enfants… et… et j’ai dit ‘Amane devait être adorable quand il était petit…’ Voilà. »
« Attends, laisse-moi les voir. Elle ne t’a pas envoyé des trucs trop embarrassants, au moins ? »
Quand il s’agissait de vieilles photos, il y en avait forcément qu’il avait oubliées. Mais il se souvenait très bien de quelques clichés particulièrement gênants qu’il préférerait que personne ne voie. Sa mère aurait au moins pu lui laisser les examiner avant de les envoyer.
Mahiru refusa de répondre. Elle n’osait même pas le regarder dans les yeux. Devant cette réaction, Amane se douta que les photos en question ne lui plairaient pas du tout. Il la foudroya du regard, mais n’alla pas jusqu’à lui arracher le téléphone des mains. Il décida plutôt de la faire craquer.
« Mahiru… tu préfères coopérer et me montrer les photos, ou tu veux que je te harcèle jusqu’à ce que tu craques ? »
Le visage grave, Amane se redressa sur un genou et posa une main derrière la tête de Mahiru, contre le dossier du canapé. Il se pencha vers elle, ne lui laissant pratiquement aucun moyen de s’échapper.
Il pensait que Mahiru allait pâlir en comprenant qu’elle était acculée… mais à la place, elle rougit et serra contre elle son coussin préféré. Elle semblait encore plus nerveuse qu’avant, mais restait muette.
C’est à ce point embarrassant… ?
Amane eut un mauvais pressentiment. Il plongea son regard dans celui de Mahiru, mais ne parvint pas à obtenir la réaction espérée. Bien au contraire, elle essaya de lui plaquer le coussin sur le visage.
Amane attrapa le coussin et le jeta de côté. Il ne comprenait pas pourquoi elle en faisait tout un plat. Mahiru ne le tenait visiblement pas très fort, car il le lui avait retiré sans difficulté, et il roula au sol.
Mahiru n’avait toujours pas bougé de sa place sur le canapé.
« Allez, avoue. » Murmura Amane en s’approchant pour lui pincer la joue.
Sans prévenir, Mahiru se laissa tomber sur le canapé. Ce fut si soudain qu’Amane n’eut pas le temps de réagir, et sur son passage, Mahiru heurta le bras dont il se servait pour s’appuyer, ce qui le déséquilibra à son tour. Il bascula aussi sur le canapé. Heureusement, il réussit à se retenir juste avant d’écraser Mahiru, mais il se retrouva bien plus proche d’elle qu’il ne l’aurait cru.
Tous deux se figèrent devant cette soudaine proximité.
Leurs corps n’étaient pas collés, mais leurs visages étaient si proches que leurs souffles se mêlaient, et s’il se penchait ne serait-ce qu’un peu, leurs nez se toucheraient. Amane était assez près pour voir les longs cils qui bordaient les grands yeux couleur caramel de Mahiru trembler légèrement. À cette distance, le parfum doux et caractéristique de Mahiru emplissait ses narines, et il ne savait plus quoi faire.
Tous deux restèrent pétrifiés, mais Mahiru bougea la première.
Ses lèvres rosées tremblaient, et elle ferma les yeux très fort. Son visage était en feu, et sa respiration courte et hésitante. Elle semblait nerveuse, comme si elle s’attendait à un choc, mais ses lèvres avaient l’air douces et sucrées. Elle dégageait à la fois une innocence pure et une séduction troublante. Mahiru incarnait parfaitement cette contradiction. Amane ne pouvait détacher son regard.
La voir ainsi éveillait en lui à la fois un élan protecteur et un désir de la prendre dans ses bras, et, même s’il essayait de résister à la tentation, Amane tendit la main—
—et lui pinça la joue.
« Hein… ? »
« … T’as une tête marrante. » Murmura-t-il en ricanant.
Mahiru rouvrit brusquement les yeux, et son expression changea du tout au tout. La timidité d’il y a un instant fit place à un mélange de honte et de colère. Elle le foudroya du regard, les yeux embués de larmes. « C’est ça que tu dis après avoir plaqué une fille et lui avoir touché le visage ?! »

Amane sourit de nouveau. « D’accord, d’accord, c’est ma faute. Je ne m’attendais pas à ce que tu te débattes. »
« Oh, pardon d’avoir résisté ! » Répliqua-t-elle. « C’est arrivé uniquement parce que tu m’as plaquée sur le canapé ! »
« C’est parce que tu cachais les photos que ma mère t’a envoyées dans mon dos. »
« Ah ! … Heurg. »
Comme Mahiru ne disait plus rien, Amane se dégagea d’elle tout en gardant son sourire. Il glissa une main entre le canapé et son dos pour l’aider à se redresser. Mahiru bougea les lèvres comme si elle marmonnait quelque chose et afficha une expression étrange.
« Alors… » Dit Amane. « Tu vas me laisser jeter un œil à ses fameuses photos ? »
« … Fais-toi plaisir. » Répondit-elle avec résignation. Elle avait toujours l’air agacée et son visage était aussi rouge qu’avant, mais elle montra à Amane la liste des images dans la conversation avec sa mère.
S’il lui faisait remarquer à quel point elle rougissait, elle risquait de quitter son appartement sur-le-champ, alors Amane détourna les yeux pour qu’elle ne voie pas son propre visage.
… C’était inattendu.
Il tentait de garder son calme, mais son cœur battait encore à tout rompre.
Il ne savait pas ce qu’il aurait pu faire à Mahiru s’il ne s’était pas arrêté à temps pour lui pincer la joue. Elle ne montrait aucun signe de résistance.
Merde, j’ai failli me comporter comme un salaud…
La honte lui nouait l’estomac. Oui, c’était un accident, et ils étaient peut-être tous les deux un peu en tort. Mais ça ne justifiait pas de toucher Mahiru de manière aussi intime, comme seuls des amoureux le feraient. Ce n’était pas acceptable.
S’il l’avait embrassée, Mahiru aurait sûrement fondu en larmes ou réagi d’une manière semblable. Ce n’était pas son petit ami, après tout. Et s’il l’avait fait malgré tout, elle l’aurait probablement rayé de sa vie à jamais.
Amane ne voulait pas être ce genre de personne égoïste qui ne pense qu’à ses désirs.
« … Amane, tu disais que tu voulais voir les photos, mais tu vas les regarder, ou pas ? » Demanda Mahiru d’une voix encore plus boudeuse qu’avant. Quand Amane se tourna vers elle, il vit que la rougeur de son visage avait enfin un peu diminué, mais elle avait les joues gonflées.
« Désolé, j’étais perdu dans mes pensées. »
« Idiot. »
Mahiru l’insultait rarement, et en plus, elle avait utilisé un mot plutôt mignon, mais Amane comprit à son ton qu’elle commençait à perdre patience, alors il baissa rapidement les yeux vers le smartphone.
Dans la galerie, il y avait des photos d’Amane à la maternelle et à l’école primaire. À première vue, rien de trop embarrassant, ce qui le soulagea, mais on voyait sur plusieurs clichés un sourire innocent qu’il aurait été incapable de reproduire aujourd’hui. Il se sentit donc quand même assez gêné.
Son visage rougissait pour une toute autre raison à ce moment-là, et pour détourner son esprit de la honte qui montait en lui, il jeta un coup d’œil vers Mahiru. Elle n’avait plus son air boudeur —elle fixait le vide d’un air rêveur, la main sur la bouche, l’air complètement ailleurs.
S’apercevant qu’il n’était probablement pas censé la voir dans cet état, Amane baissa précipitamment les yeux vers le téléphone.
Son cœur recommençait à battre fort, et il essaya de concentrer ses pensées et son regard sur autre chose.
============
source : traduction anglaise officielle par Yen Press
lien : https://yenpress.com

