The angel next door spoils me rotten : chapitre 09-volume 04

L’ange dans ses nouveaux vêtements

Traducteur: linkfet
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Les examens étaient terminés, et on était à la mi-mai.

                Les rayons doux du soleil devenaient plus brillants, créant une atmosphère printanière. C’était cette période de l’année où il commençait à devenir inconfortable de porter des manches longues.

                Mai était censé être le moment du changement de tenue de saison, mais sortir ses chemises à manches courtes et ses pantalons légers d’été était un travail affreusement ennuyeux, et Amane avait repoussé l’échéance.

                Même si la climatisation de l’école était réglée à la température idéale, il lui suffisait de faire un pas hors de la salle de classe, ou d’aller et venir entre l’école et la maison, pour avoir chaud. Finalement, Amane en vint à la conclusion qu’il était temps de sortir ses vêtements d’été.

                « C’est la saison où on commence à vouloir des manches courtes, hein ? » Demanda Mahiru. Elle avait hoché la tête avec compréhension en le regardant sortir ses vêtements d’été d’une housse rangée au fond de son placard et les jeter dans la machine à laver pour pouvoir les porter le lendemain.

                Incidemment, Mahiru portait elle aussi encore des manches longues et des collants, d’une manière qui évitait de montrer la moindre parcelle de peau inutile.

                Elle avait troqué son pull contre un gilet sans manches sous sa veste, mais à la voir ainsi couverte de la tête aux pieds, Amane s’inquiétait qu’elle n’ait trop chaud.

                « Le temps change, et je commence à transpirer un peu. Je pense qu’il est aussi temps pour moi d’arrêter les manches longues. Il a vraiment fait chaud aujourd’hui, pas vrai ? »

                « Tu ne laisses jamais tes vêtements en désordre, hein, Mahiru ? Tu boutonnes tout correctement, tu ne retrousses pas les manches, et tu portes presque toujours des collants… »

                « Les gens me fixent toujours quand je montre un peu de peau, et ça me dérange beaucoup. Je me sens obligée de m’habiller comme ça… C’est une forme d’autodéfense. »

                Mahiru était belle et avait un sens aigu du style, ce qui faisait qu’elle était souvent embêtée par les regards insistants.

                Quoi qu’elle fasse, elle attirait l’attention, et cela incluait souvent des regards déplacés. Amane n’ignorait pas que les hommes avaient naturellement tendance à regarder les jolies filles, mais il voyait bien que Mahiru détestait être reluquée.

                « Je ne sais jamais trop comment m’habiller en été… » Dit-elle. « L’année dernière, j’ai mis des bas noirs très fins, mais j’avais quand même chaud. »

                « Ça ne m’étonne pas. Les filles doivent porter plus de vêtements que les garçons, ça doit être étouffant… »

                « Je peux supporter un peu de chaleur si c’est pour me protéger, mais… à ce train-là, je vais surchauffer. »

                Mahiru poussa un soupir et dit qu’elle détestait l’été pour cette raison. Amane ne savait pas quoi répondre et resta silencieux. Mahiru ne sembla pas s’en offusquer et laissa son regard errer vers la machine à laver.

                « Tu vas commencer à porter tes vêtements d’été demain ? » Demanda-t-elle.

                « Eh bien, je pense qu’il est temps de changer. Il fait déjà une chaleur pareille… »

                « Je vois. J’y pensais aussi, mais avant de pouvoir aller à l’école, je sens que je dois tout essayer au moins une fois pour voir si ça me va toujours. Je pense que ma taille n’a pas changé, mais au cas où… »

                Mahiru semblait très soucieuse de garder sa ligne, et on n’aurait pas dit qu’elle se serait laissée aller.

                Amane admirait sa force de volonté et sa discipline. Il savait qu’il ne pourrait jamais être aussi strict avec lui-même que Mahiru l’était avec elle-même, mais il aurait aimé lui aussi avoir un corps idéal qu’il pourrait entretenir. Pour commencer, il faudrait déjà qu’il obtienne ce corps idéal.

                « Je ferais mieux d’essayer les miens aussi, sinon ça pourrait poser problème. J’ai un peu grandi depuis le début du lycée, donc s’ils ne me vont plus, je devrai en acheter d’autres à la boutique de l’école. »

                Amane avait acheté son uniforme d’été avant d’entrer au lycée, donc maintenant qu’il était en deuxième année, il craignait qu’il soit un peu trop court. Il lui avait convenu l’été de sa première année, et il n’avait eu aucun souci avec son uniforme d’hiver, mais ses vêtements pouvaient être devenus un peu trop serrés, même s’il les avait achetés un peu grands au départ.

                Il avait grandi de plus de cinq centimètres depuis le début du lycée, et il y avait de fortes chances que ses vêtements d’été soient devenus trop petits.

                En pensant qu’il les essaierait une fois la lessive terminée, Amane jeta un œil à la machine à laver, qui émettait un bruit mécanique sourd.

                Mahiru leva les yeux vers lui.

                « … Tu es plutôt grand, hein, Amane ? »

                « Eh bien, je suppose que je suis un peu plus grand que la moyenne. »

                Amane mesurait environ une tête de plus que Mahiru, qui continuait à le fixer.

                Mahiru avait une carrure menue, mais cela ne voulait pas dire qu’elle était particulièrement petite, en fait, elle était dans la moyenne. La ligne de vision d’Amane était juste un peu plus haute que lorsqu’il l’avait rencontrée pour la première fois, ce qui lui fit prendre conscience une fois de plus qu’il avait grandi.

                En général, il gardait un peu de distance lorsqu’il parlait avec Mahiru, pour ne pas lui casser le cou, mais récemment, elle s’était mise à se tenir beaucoup plus près de lui, jusqu’à être à portée de contact, et il commençait à s’inquiéter que son cou se bloque.

                Mahiru ne semblait pas se soucier de ce genre de détails pour l’instant. Elle détaillait Amane du regard, en fronçant légèrement les sourcils.

                « … Tu m’inquiètes un peu, tu sais. Tu ne pèses pas très lourd pour ta taille. »

                « C’est pour ça que je fais de l’exercice et de la muscu, pour prendre un peu de masse. » Répondit-il. « Mais dis donc, comment tu connais mon poids, d’abord ? »

                « Parce que je t’ai vu te peser sur la balance près de l’évier quand tu t’es réveillé tard un week-end. C’est moi qui t’ai traîné jusqu’à l’évier pendant que tu étais à moitié endormi. »

                Amane n’eut rien à répondre à ça, alors il se tut, mais Mahiru le regarda avec une lueur d’exaspération dans les yeux.

                « On dirait que tu fais des efforts, et je vois bien que tu t’y mets sérieusement, mais il faut que tu manges un peu plus après avoir fait du sport, Amane. Tu es mince, et ça m’inquiète. Après tout, c’est la nourriture qui fait le corps, non ? Si tu me dis à l’avance quand tu comptes faire du sport, je peux adapter le menu. »

                « Je te donne beaucoup de boulot, mais… je te remercie pour la proposition. Et puisque c’est le sujet, toi aussi tu es plutôt mince. Parfois, je m’inquiète que tu puisses te casser, alors mange un peu plus, s’il te plaît. »

                Bien sûr, Amane était reconnaissant, grâce à Mahiru, il n’avait jamais à se soucier des repas. Elle avait même la gentillesse de préparer des portions supplémentaires pour l’aider dans son entraînement de musculation.

                Mais il pensait que Mahiru, elle aussi, devrait manger davantage. Il pouvait sentir à travers ses vêtements qu’elle était frêle, et, à de rares occasions, lorsqu’il la touchait, elle était si fine qu’il craignait presque de la briser. D’après ce qu’il avait vu, elle n’avait jamais été du genre à beaucoup manger, ce qui facilitait probablement la gestion de sa silhouette, mais sa minceur excessive l’inquiétait.

                « T’es vraiment mince. » Dit-il en lui attrapant la taille, réalisant à quel point son corps était svelte.

                Un cri aigu s’échappa de la bouche de Mahiru, interrompant net le cours de ses pensées.

                « … Ah, d—désolé ! » Balbutia-t-il.

                « N—Non, ça va, ça va ! » Répondit Mahiru. « Mais, si tu touches trop le ventre d’une fille… y’a des filles qui finissent par développer des complexes à cause de ça, tu sais ? »

                « Je suis vraiment désolé de t’avoir touchée comme ça. C’est du harcèlement sexuel de toucher le corps d’une fille sans sa permission, non ? Je suis vraiment, vraiment désolé. »

                « Bon, pas la peine d’en faire tout un plat non plus… »

                Même s’ils étaient de très bons amis, ils étaient de sexes opposés, et il allait de soi qu’Amane faisait très attention lorsqu’il touchait Mahiru.

                Mais là, il avait touché son ventre —pas sa tête, ni sa main, ni son épaule, mais bien son ventre, un endroit très intime. Il s’était emballé en constatant à quel point elle était mince, mais ce n’était pas une excuse, et il regretta immédiatement de l’avoir touchée ainsi sans demander.

                « Ça ne me dérange pas tant que ça, alors calme-toi, Amane. Et puis, je suppose que tu ne fais pas ce genre de choses avec d’autres filles que moi ? »

                « Je n’ai ce genre d’échange qu’avec toi. » Répondit-il. « En plus, je ne parle presque jamais à d’autres filles. C’est pas comme si je me mettais à toucher n’importe quelle fille que je connais à peine. »

                La seule autre fille qu’il aurait éventuellement pu toucher, c’était Chitose. Elle était mince, un peu comme Mahiru, mais c’était une minceur plus sportive, différente de la délicatesse frêle de Mahiru. Cela dit, il ne l’aurait jamais touchée ainsi de toute façon, à part peut-être une petite tape amicale sur la tête de temps à autre.

                « Eh bien, ça me rassure. » Acquiesça Mahiru. Elle semblait satisfaite de la réponse d’Amane. Puis, peut-être en guise de revanche, elle se pencha et posa sa paume sur le ventre d’Amane, le touchant à travers sa chemise.

                Il n’allait pas la gronder, puisqu’il venait de faire la même chose, mais ça le chatouilla, et il se sentit embarrassé par son propre corps.

                Par rapport à l’époque où Mahiru avait commencé à améliorer son alimentation, il était en meilleure santé à présent, mais son physique était encore loin de la silhouette musclée qu’il visait.

                Le fait qu’elle s’inquiète de sa maigreur l’avait sérieusement ébranlé, et il savait qu’il devait manger et s’entraîner davantage pour se renforcer.

                « … Tu penses que je serais mieux si j’étais un peu plus costaud, Mahiru ? »

                « Être fort, c’est bien, mais au final, je crois que le plus attirant, chez les garçons comme chez les filles, c’est un corps en bonne santé. Après, ça, c’est juste mon avis de fille, et je ne veux absolument pas l’imposer aux autres, mais… quand une fille est à côté d’un garçon très maigre, elle peut se sentir un peu gênée, alors je pense qu’un gabarit moyen, c’est mieux que d’être tout maigre. »

                « Je vois… »

                « M—Mais toi, t’es pas… je dirais pas que tu es trop mince non plus, hein, Amane ? Mais ce serait quand même mieux pour ta santé que tu manges un peu plus. T’es pas du genre à te goinfrer, malgré le fait que t’es un lycéen. D’ailleurs, Amane, euh… quand il s’agit des filles… tu préfères les minces ? »

                « C’est impoli de commenter le physique des filles. » Répondit immédiatement Amane. C’était quelque chose qu’il pensait que tous les garçons devaient savoir.

                Ses parents lui avaient toujours dit : « Si tu dis quelque chose et que ça passe mal, prépare-toi à saigner. » Alors, Amane évitait toujours de faire le moindre commentaire sur le corps de qui que ce soit.

                « Ah… » Mahiru sembla comprendre cette réponse sèche, et son regard se perdit au loin. Il se dit que les filles devaient sûrement avoir la même compréhension.

                « Bon, je suppose que c’est mieux d’être du côté mince. » Dit Amane. « Mais si tu es trop mince, ça devient inquiétant, parce que ça peut nuire à la santé, et ça peut vouloir dire que tu n’as pas assez de nutriments. C’est rassurant de voir que quelqu’un a une bonne proportion de muscle et de graisse. »

                « … On dirait plus quelque chose qu’un parent dirait qu’un lycéen, tu crois pas ? »

                « Tu parles ! »

                « D’accord, mais bon… »

                À vrai dire, c’était plutôt Mahiru qui avait parfois une attitude maternelle. Donc, Amane pensait qu’elle n’avait pas vraiment le droit de lui reprocher un regard trop ‘parental’, pour une fois.

                « Même si je ne m’inquiète pas pour toi, je pense qu’il n’y a aucune raison pour que tu fasses un régime, Mahiru. »

                « Vraiment ? »

                « Où est-ce que tu pourrais bien perdre quoi que ce soit ? Tu as un corps idéal, et maintenant, tu essaies juste de l’entretenir, non ? Ce n’est pas à moi de juger, mais je pense que le meilleur corps, c’est celui dans lequel on se sent bien. Et personnellement, je m’inquiéterais si tu devenais encore plus mince, alors j’aimerais que tu restes comme tu es. »

                Il serait vraiment inquiet si Mahiru, déjà très mince, perdait encore du poids. Il voulait qu’elle sache que sa silhouette était très bien comme elle était. Si elle décidait de maigrir davantage, il l’en empêcherait.

                « Je comprends que ce soit difficile de garder une certaine silhouette, mais je pense que c’est plus important d’être en bonne santé. »

                « … D’accord. »

                Presque en rythme avec les hochements de tête de Mahiru, la machine à laver continuait à faire tourner le linge avec un cliquetis sonore.

***

« Bonjour. »

                Le lendemain matin, quand Amane se réveilla, Mahiru était chez lui.

                Il se retourna et jeta un œil à l’horloge de sa chambre. Il était l’heure de se lever et de se préparer pour la journée, mais pas encore l’heure de quitter l’appartement.

                Mahiru était déjà venue chez lui quelques fois le matin, mais cela restait rare, et l’esprit encore embrumé d’Amane en fut perturbé.

                « … Bonjour ? »

                Mahiru avait un double des clés, et il lui avait dit qu’elle pouvait entrer comme elle voulait, mais il ne s’attendait pas à la croiser aussi tôt.

                Quand, dans sa confusion, il lui rendit son salut d’un ton hésitant, Mahiru lui adressa un sourire doux.

                « Je sais que c’est peut-être un peu impoli de débarquer comme ça le matin, mais… je voulais te faire vérifier quelque chose avant de partir de chez moi. »

                « Vérifier quelque chose ? »

                À ce moment-là, il regarda Mahiru une seconde fois et réalisa qu’il voyait un peu plus de peau que d’habitude.

                « J’ai changé de tenue. Est-ce que quelque chose cloche ? »

                « Ah, des vêtements d’été… euh, non, enfin— »

                « Oui ? »

                « … Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée d’avoir les jambes nues… »

                Les vêtements d’été voulaient dire manches courtes, mais ce n’était pas de ça qu’Amane parlait. Quand il baissa les yeux, il vit ses cuisses pures et pâles dépasser légèrement sous sa jupe.

                Les uniformes scolaires avaient des jupes plus longues que la plupart des vêtements de ville, et Mahiru portait habituellement des collants, donc il n’avait encore jamais vraiment vu ses jambes nues. Conformément au règlement de l’école, la jupe de Mahiru était suffisamment longue pour tout couvrir, mais malgré tout, ses jambes étaient maintenant exposées à l’air.

                Amane était visiblement troublé, et ses yeux se mirent à bouger nerveusement.

                « Eh bien, je me suis dit que peu de filles portaient encore des collants à l’école en ce moment. » Dit Mahiru.

                « C’est vrai, m—mais je pense que pour t—toi, c’est pas une bonne idée. »

                « C’est parce que tu ne supportes pas de voir mes jambes nues ? »

                « C—Ce n’est pas ça ! » Protesta-t-il. « C’est plutôt que, si tu les montres comme ça, les autres garçons vont sûrement te dévorer des yeux, alors je pense que c’est une mauvaise idée. »

                La veille, ils avaient eu toute une discussion sur les collants noirs de Mahiru. Amane n’aurait jamais pensé la voir sans.

                L’éclat pâle de ses jambes était trop éblouissant. Il n’arrivait pas à les regarder en face.

                « Tu es sûr que toi, tu ne vas pas les fixer non plus, Amane ? »

                « Il y a des limites à tout, tu sais ! »

                « Mais tu as vu mes jambes quand je me suis tordu la cheville, tu te souviens ? »

                « C’était une urgence, et puis, j’ai été un parfait gentleman ! J’ai même recouvert tes genoux avec ma veste, non ?! »

                Certes, il avait pu apercevoir ses jambes en s’agenouillant à côté d’elle, mais il avait pris soin de poser sa veste sur elle pour ne rien voir d’inapproprié. Il s’était concentré uniquement sur le soin de sa cheville pour ne pas poser les yeux là où il ne fallait pas. Il n’avait donc jamais maté les jambes de Mahiru. Même Amane savait que ce n’était pas bien.

                « Alors, tu n’as vraiment aucune pensée déplacée en ce moment ? »

                « … Non. »

                « Ta façon d’hésiter est un peu inquiétante. »

                « Non ! »

                « T’énerve pas. Pardon de t’avoir trop taquiné. Je savais depuis le début que tu ne me regardais pas comme ça. Tu ne sais juste pas où poser ton regard. »

                « Si tu savais ça, alors t’aurais pas eu besoin de me le demander… »

                « Si, c’était nécessaire pour ma satisfaction personnelle. Faire battre ton cœur, c’est le plus important, tu vois. »

                « Donc t’as fait ça juste pour me filer une attaque cardiaque ? »

                Visiblement, Mahiru avait voulu commencer la journée avec un peu d’amusement.

                Amane la regarda d’un air agacé, se rendant compte qu’il s’était fait avoir de A à Z. Mahiru, la petite malicieuse, le regardait en retour avec un sourire espiègle et élégant.

                « T’inquiète pas. » Dit-elle. « J’ai pris des collants avec moi, j’avais l’intention de les enfiler. »

                « Incroyable… » Grogna Amane, sachant pertinemment qu’elle voulait juste provoquer une réaction. Puis il décida de se venger un peu, et plongea son regard dans les yeux couleur caramel de Mahiru, qui brillaient de malice.

                « … Donc ça ne te dérange pas que je te regarde ? »

                « Hein ? »

                Mahiru le fixa, surprise.

                Sans détourner les yeux, Amane poursuivit : « Tu t’es donné tout ce mal pour venir me montrer tes jambes. Ça veut dire que tu veux que je les regarde, non ? »

                « … C’est, euh, ça ne me dérange pas… si tu les vois— »

                « Tu trouves pas ça important… »

                Mahiru semblait très confuse. « Ce n’est pas ça… ce n’est pas forcément le cas, mais… »

                Amane poussa un léger soupir. « Dans ce cas, ne me les montre pas. Tu ne devrais faire ce genre de choses que pour les personnes dont tu veux qu’elles te regardent. »

                Il aurait aimé qu’elle se mette à sa place et imagine ce que ça faisait pour un garçon de voir un nouveau côté d’une fille qu’il aimait. Mais évidemment, il ne pouvait rien dire de tout ça. La journée ne faisait que commencer, et il se sentait déjà épuisé.

                Timidement, Mahiru tira sur la manche de son pyjama. « … E—Et si je disais que je suis venue te les montrer parce que je voulais ? »

                Sa voix douce tremblait de gêne alors qu’elle levait vers lui un regard brillant. Cette fois, Amane se figea complètement.

                « Parce que je voulais voir ta réaction… Mais tout ce que t’as dit, c’est que c’était pas bien… » Murmura Mahiru, un peu déçue.

                Amane secoua la tête frénétiquement. « C—C’est parce que… comment dire… C’est gênant, genre… je sais pas où je suis censé regarder… »

                « Donc tu penses que les jambes nues ne me vont pas ? »

                À contrecœur, Amane baissa les yeux sur la tenue de Mahiru. Elle portait une chemise à manches courtes bien repassée et une jupe. La tenue dégageait l’élégance soignée habituelle de Mahiru, tout en lui donnant une image plus fraîche. Les boutons et le ruban de sa chemise, attachés jusqu’au cou, rappelaient son sérieux naturel.

                Amane aurait préféré qu’on voie un peu moins les lignes et les courbes de son corps, mais il n’y avait rien à faire : c’était sa tenue d’été.

                Il la parcourut du regard une fois, en essayant de ne pas trop s’attarder sur ses jambes parfaites et élancées, puis ouvrit lentement la bouche, un peu tendu.

                « … Tu es très mignonne, et ces vêtements te vont bien, alors s’il te plaît, mets tes collants tout de suite. »

                « D’accord. »

                Mahiru sembla satisfaite de ces quelques mots d’éloge soigneusement choisis, car elle offrit à Amane un doux sourire radieux en hochant la tête.

                Momentanément privé de mots par ce sourire, Amane détourna les yeux avant qu’elle ne le remarque et se dirigea vers le lavabo de la salle de bain.

                « Ne me refais plus ce genre de blague. Je vais me laver le visage et me changer, alors pendant ce temps, prépare-toi à partir. » Dit-il, un peu plus rapidement que d’habitude, et il se précipita dans la salle de bain.

                Mahiru gloussa doucement derrière lui.

***

Amane termina de s’habiller pour la journée, et quand il revint dans le salon, Mahiru l’attendait tranquillement assise sur le canapé. Elle était désormais entièrement couverte, avec des collants noirs et un gilet sans manches. Amane se demanda si ce qu’il avait vu plus tôt avait réellement eu lieu.

                Il ne put s’empêcher de se sentir épuisé par toute cette histoire.

                « … Tu sais, si tu m’avais montré cette tenue dès le départ, j’aurais pu te donner mon avis honnêtement, sans me demander si mon cœur allait tenir le coup. »

                « Quelle chance tu as eue, tu as eu droit à un petit privilège. »

                Mahiru afficha un sourire sans la moindre gêne, ce qui mit Amane un peu en rogne. Il s’approcha d’elle et lui pinça la joue, mais elle continua de sourire joyeusement.

***

« … Bon, je vais partir à l’école avant toi. » Dit Mahiru en se levant de son siège après avoir vu Amane dévorer le petit-déjeuner qu’elle lui avait préparé.

                Pour lui remonter le moral, elle avait préparé une omelette roulée. Amane se doutait bien de la manœuvre, mais il ne pouvait s’empêcher de se sentir mieux malgré tout, et l’accompagna jusqu’à la porte pour lui dire au revoir.

                Ils prenaient le même chemin pour aller à la même école, alors c’était un peu ridicule de partir séparément. Malgré tout, il était hors de question qu’ils arrivent ensemble à l’école, donc la seule solution était de décaler leur départ.

                « À tout à l’heure. » Dit Amane. Comme toujours, il prévoyait d’attendre un peu pour éviter les soupçons, mais il remarqua que Mahiru affichait une expression un peu mécontente. Il pencha la tête, intrigué. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

                « … Je me demande juste s’il viendra un jour où on pourra marcher ensemble. »

                « Les regards suffiraient à me tuer. »

                Dernièrement, on avait vu Amane interagir de plus en plus souvent avec Mahiru, et leurs camarades de classe semblaient s’y être plus ou moins habitués. Cependant, Amane recevait encore beaucoup de regards jaloux, et de la part des élèves d’autres classes, il se faisait souvent fusiller du regard.

                Il en avait déjà assez d’être la cible de tant d’agressivité, et s’ils se mettaient à aller et à revenir ensemble de l’école, l’attention négative risquait d’atteindre un tout autre niveau.

                « Je suppose que c’est à prévoir. » Soupira Mahiru. « … Mais bon, à ce stade, on récolte ce qu’on a semé. Tout cela est terriblement contraignant. »

                « J’imagine que pour toi aussi, c’est insupportable d’avoir tout le monde qui fait toute une histoire juste parce que tu marches avec un garçon, non ? »

                « En réalité, je me fiche pas mal que les autres en fassent tout un plat, mais je sais que ça te causerait des ennuis. Si ça ne te gênait pas, j’irais volontiers avec toi. »

                « … Tu en es sûre ? »

                « Si nos horaires coïncident, en tout cas. C’est embêtant de devoir décaler exprès nos départs, et pas très efficace les jours comme aujourd’hui. Et puis, c’est quand même plus agréable de marcher vers l’école avec quelqu’un qu’on apprécie, non ? »

                « C’est vrai, mais… »

                « Pas vrai ? La réalité ne se plie pas toujours à nos envies, j’imagine. »

                Après un grand bâillement fatigué, Mahiru secoua la tête, puis se métamorphosa sous ses yeux, affichant son habituel sourire angélique et raffiné.

                « Bon, j’y vais. Je voulais te montrer ma tenue d’été dès ce matin, alors je suis contente d’avoir pu le faire. » Dit Mahiru d’un ton désinvolte. Elle battit des cils vers Amane, toujours figé par sa déclaration provocante.

                « À plus tard. » Ajouta-t-elle en ouvrant la porte. « Ne sois pas en retard, d’accord, Amane ? »

                Mahiru passa timidement le seuil et prit la direction de l’école. Amane resta un moment appuyé contre le mur du couloir, puis se dit qu’il devait se laver le visage à nouveau. Il s’inquiétait sérieusement de ce qui l’attendait.

***

Amane quitta son appartement assez tard pour laisser à Mahiru une bonne avance. Lorsqu’il arriva enfin à l’école, il ne fut pas surpris de voir des gens rassemblés autour d’elle, admirant sa nouvelle tenue.

                La température n’avait cessé de grimper, et il était clairement temps d’adapter ses vêtements à la saison. Beaucoup d’élèves étaient déjà passés aux manches courtes.

                Même si Mahiru portait une tenue plus légère pour l’été, elle avait toujours l’air aussi soignée. Mais à cause de sa beauté éclatante, son changement de tenue attirait plus de regards que d’habitude.

                Et par-dessus tout, Chitose, arrivée à son bureau, avait déclaré : « Cette coiffure a l’air de donner troooop chaud ! » et avait attaché les cheveux de Mahiru en queue-de-cheval. Cette coiffure inhabituelle attirait encore plus d’attention —avec les cheveux relevés, la nuque de Mahiru était visible.

                Amane n’aimait pas ça du tout. Mahiru était évidemment libre de se coiffer comme elle le voulait, mais il ne pouvait s’empêcher d’être contrarié que d’autres la regardent ainsi.

                … Comment est-ce que je peux penser ça ? Elle ne m’appartient pas.

                Amane jeta de nouveau un coup d’œil à Mahiru, bouillonnant presque de jalousie injustifiée. Il commençait à se détester pour ça.

                Itsuki le regarda avec cet air bizarrement perspicace qu’il arborait parfois. « Oh, on serait pas un peu maussade, là ? » Demanda-t-il malicieusement.

                Amane le balaya d’un ton indifférent. « … Tu te fais des idées. »

                Mais pour une raison inconnue, Itsuki regarda Mahiru, hocha la tête comme s’il avait tout compris.

                Puis se tourna de nouveau vers Amane, un grand sourire —ou plutôt un rictus— aux lèvres. Amane se sentit encore plus troublé.

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source : traduction anglaise officielle par Yen Press

lien : https://yenpress.com

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