Traducteur: linkfet
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« … Je t’aime. »
Une voix pleine d’attente prononça ces quelques mots simples.
Sa voix, douce et discrète, s’échappa de ses lèvres roses alors qu’elle s’approchait de lui avec séduction.
Amane était appuyé sur le lit, et elle posa ses hanches sur ses jambes, l’empêchant de bouger.
Étrangement, il ne sentit aucun poids.
Mais le contact soyeux de sa peau et son parfum enivrant envahirent ses sens.
Mahiru se blottit contre lui avec langueur et passa ses bras autour de son dos, réduisant la distance entre eux, les yeux baissés avec timidité. En baissant les yeux, Amane aperçut une parcelle de peau fraîche et nue, habituellement invisible, révélée par l’encolure de sa robe blanche.
Il tenta de détourner le regard de la profonde vallée entre ses seins, mais Mahiru fit glisser ses mains de son dos à sa nuque et rapprocha son visage du sien, comme pour lui dire de ne pas fuir du regard.
Un soupir s’échappa de ses lèvres.
« … Tu veux bien me toucher encore ? » Murmura-t-elle.

Amane entoura son dos délicat de ses bras et approcha lentement ses lèvres—
***
« —Ah ? »
Il se redressa d’un coup.
Amane était seul dans sa chambre. Le soleil du matin perçait à travers un interstice entre les rideaux fermés.
En jetant un œil à l’horloge sur la table de chevet, il vit qu’il était un peu plus de cinq heures.
L’été approchait, et le soleil se levait de plus en plus tôt —c’était une heure raisonnable pour commencer la journée, bien qu’Amane n’eût nullement eu l’intention de se réveiller aussi tôt.
Il posa sa paume contre son visage en se remémorant le rêve qu’il venait de faire, et une honte écrasante le submergea.
C’est horrible…
Le rêve l’avait pris au dépourvu.
D’habitude, quand Mahiru apparaissait dans ses rêves, elle agissait comme à son habitude —jamais avec un tel désir manifeste. Sans doute que ses mots de la veille, où elle lui avait dit qu’elle voulait qu’il la touche davantage, avaient nourri cette fantaisie. Mais même ainsi, il se sentait honteux. Son esprit avait imaginé Mahiru se comporter d’une manière si osée que c’était à des années-lumière de ce qu’elle ferait dans la réalité. Même s’il ne s’agissait que d’un rêve, il se sentait coupable d’avoir ressenti ce genre de choses envers elle.
C’était terriblement frustrant —il voulait chérir Mahiru et la traiter avec respect, mais son inconscient semblait en avoir décidé autrement. Il fut brièvement tenté de se cogner la tête contre le mur.
Amane décida que faire un peu d’exercice l’aiderait à remettre ses idées en place. Repoussant ses désirs subconscients, il se dirigea vers la sortie de sa chambre… avant de s’arrêter net.
« … Tuez-moi. »
Avant de commencer la journée, il allait d’abord avoir besoin d’une bonne douche bien longue pour dissiper tout ce qui lui restait de frustration.
***
« Hé, Amane, c’est quoi cette tête de mort vivant ? »
Après s’être levé, Amane était parti courir tôt le matin pour se débarrasser de sa honte, ce qui l’avait épuisé autant physiquement que mentalement. Chitose s’en était apparemment rendu compte, et elle l’avait abordé pendant une pause au lycée.
Amane regarda Itsuki, assis à côté de lui, pour lui demander s’il avait vraiment l’air aussi abattu, et Itsuki acquiesça.
« Ah, euh, bah… je suis allé courir un peu ce matin. » Expliqua Amane.
« Eh ben, ça doit te vider, c’est clair. » Chitose hocha la tête. « Un flemmard qui se met soudainement au sport, ça finit forcément en loque. » Elle éclata de rire et lui tapa le dos d’un air enjoué.
Amane fut soulagé qu’elle ne creuse pas davantage.
Dire quoi que ce soit à Chitose finirait par arriver aux oreilles de Mahiru de toute façon, alors il faisait toujours en sorte de ne rien lui confier d’important. Honnêtement, il ne voulait absolument pas que qui que ce soit apprenne le contenu de son rêve.
« Si tu ne te sens pas bien, tu devrais rentrer directement après les cours et te reposer. Mieux vaut ne pas forcer. » Ajouta Mahiru, debout à côté de Chitose comme si elle la surveillait.
Ils étaient au lycée, donc Mahiru était en ‘mode ange’, mais son inquiétude était sincère. Amane se doutait bien qu’elle allait essayer de le choyer une fois rentrés chez lui.
Mais il savait qu’il ne pourrait pas accepter sa gentillesse —sa culpabilité persistante à cause du rêve l’empêchait même de la regarder dans les yeux.
Sans croiser son regard, Amane répondit d’un ton neutre. « Merci de t’inquiéter. Je vais bien, donc il n’y a pas de souci. » Il fit de son mieux pour ne pas laisser d’émotion transparaître. Du coin de l’œil, il vit l’expression de Mahiru se crisper légèrement.
Amane faisait tout pour ne pas laisser paraître le malaise qu’il ressentait à chaque fois qu’il regardait Mahiru, mais de son point de vue à elle, cela devait plutôt ressembler à une soudaine bouderie.
Il ne pouvait évidemment pas expliquer la vraie raison de son comportement froid, alors il ne lui restait qu’à se taire et fuir le sujet.
Tout le monde savait qu’Amane était un introverti un peu sinistre, quasiment asocial, donc son comportement n’avait rien d’inhabituel.
« … Tu ne te sens pas bien, Amane ? » Demanda Mahiru.
« Non, je suis pas malade, je suis juste fatigué. » Répondit-il. « Franchement, je fais tout pour ne pas m’endormir. On a bientôt les examens, donc je ne peux pas me permettre de dormir en cours. »
« Pfff ! Quel sérieux. » Chitose gloussa.
« Tu devrais essayer d’en faire autant, pour une fois. » Répliqua-t-il. « Les examens de notre lycée sont durs, alors arrête de faire n’importe quoi et essaie de bosser un peu. »
« À propos des examens, ce serait plus sympa —et plus efficace— si on révisait tous ensemble, non ? » Proposa Chitose.
« Oh ? Dans ce cas, Shiina pourrait te faire réviser. »
« J’imagine que ça pourrait marcher, mais… »
Chitose fixait Amane avec insistance, mais celui-ci refusait de croiser son regard. Il sortit le matériel du cours suivant de son bureau et se concentra sur leur disposition.
S’il restait plus longtemps dans la conversation, il finirait forcément par devoir parler à Mahiru. Il poussa un petit soupir et feuilleta un manuel comme si le reste de la discussion ne le concernait pas.
***
Amane quitta le lycée dès la fin des cours, fit quelques courses pour le soir et rentra chez lui.
Comme d’habitude, Mahiru était déjà dans son appartement, en train de préparer le repas, mais elle paraissait visiblement abattue.
Elle semblait sentir qu’il était différent de d’habitude et elle lui lançait des regards fréquents, le front plissé. En général, ils se comportaient de façon un peu plus familière chez lui, mais ce soir-là, elle conservait soigneusement une certaine distance, pas si différente de son attitude à l’école.
Amane se sentait toujours aussi gêné et faisait de son mieux pour repousser ses pensées à propos de Mahiru. Il était facile de comprendre qu’elle puisse interpréter cela comme s’il l’ignorait.
« Tu es fâché contre moi… ? » Demanda Mahiru avec nervosité, une fois le dîner terminé, qu’ils avaient mangé sans échanger un seul regard.
Prenant conscience de son erreur, Amane leva les yeux vers elle.
Les yeux de Mahiru brillaient d’inquiétude.
« Je ne suis pas en colère. » Répondit-il.
« Ce sont justement les gens en colère qui disent ça. Tu agis bizarrement depuis ce matin, tu es froid avec moi… Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal sans m’en rendre compte… ? »
Même si c’était lui qui l’avait évitée, Mahiru parlait d’un ton désolé, ce qui le fit réaliser qu’il n’avait pensé qu’à son propre malaise.
Pris de panique, Amane saisit les mains de Mahiru et plongea son regard dans ses yeux, plus humides que d’habitude.
« N—Non, ce n’est pas ça. Tu n’as rien fait, Mahiru. Je suis désolé de t’avoir blessée. »
« Alors pourquoi… pourquoi tu es si froid avec moi ? »
« E—Euh, disons qu’il y a plusieurs raisons, on va dire… »
Amane peinait à aligner ses mots quand il s’agissait d’expliquer.
Il savait pertinemment qu’il ne pouvait pas être trop honnête —une fille comme Mahiru serait forcément déstabilisée par ce genre de chose. Il ne voulait pas la mettre mal à l’aise ni compliquer leur relation.
« Je me demandais si… si tu n’en avais pas marre de moi, peut-être… »
« Absolument pas ! » S’exclama Amane. « C’est juste que… j’ai des trucs à gérer… plein de choses dans la tête. »
« … Et tu ne veux pas m’en parler ? »
Mahiru fronça les sourcils, les yeux rivés au sol, visiblement déçue. Amane ne put que pousser un soupir.
Comment je pourrais expliquer ça ?
Il détestait lui mentir, alors il décida d’opter pour la vérité… la plus édulcorée possible. Encore fallait-il réussir à trouver les bons mots pour que ça ne soit pas trop cru.
S’il s’y prenait mal, elle ne comprendrait pas. Pire, elle pourrait être dégoûtée.
« C—C’est rien de grave, je te jure, d’accord ? »
« … Même si c’est quelque chose de suffisamment grave pour que tu m’ignores ? »
« Non, c’est pas ça, c’est que… comment dire ? J’essaie de faire preuve de retenue, ou plutôt… de me calmer. »
« Tu n’arrives pas à rester calme quand je suis là ? »
« Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, c’est juste que… c’est d—difficile. »
« Donc c’est difficile d’être avec moi ? »
« C’est pas ce que j’ai dit ! Bon sang, comment je pourrais expliquer ça… »
S’il avait eu affaire à un garçon, ç’aurait été simple. Amane n’était pas sûr de savoir comment le dire pour qu’une fille comprenne. Mais il fallait qu’il lui dise quelque chose, sinon elle allait mal interpréter ses silences.
Mahiru voulait simplement savoir pourquoi il l’évitait alors qu’elle n’avait rien fait de mal. Mais tout ce qu’Amane arrivait à lui dire, c’était que c’était compliqué.
Pour sauver ce qui lui restait de dignité, il devait être le plus subtil possible.
« … Tu m’as dit hier que tu voulais que je te touche plus… » Commença-t-il, hésitant. « Et à cause de ça, j’ai… j’ai fait un rêve. »
« Un… rêve ? »
« … Un rêve où tu me suppliais, très tendrement, de faire certaines choses… »
C’était, d’après lui, la version la plus acceptable qu’il pouvait offrir.
Mahiru prit un air perplexe, ses yeux grands ouverts papillonnant d’incompréhension.
« J—Je déteste avoir rêvé un truc pareil. » Continua Amane. « J’essaie de ne pas te voir de cette façon, et jamais je ne te forcerais à quoi que ce soit. Mais là… c’est parce que tu disais des choses si mignonnes hier. Alors voilà. Et si je t’ai évitée… c’est pas parce que je t’en voulais, c’est juste que j’étais écœuré par moi-même… »
« … Et dans ce rêve, je te suppliais comment, exactement ? »
« Tu veux m’humilier ou quoi ?! » Mahiru ne l’avait pas repoussé —ce qui était rassurant— mais sa curiosité semblait tout aussi dangereuse, et Amane sentait ses traits se crisper.
On dit que les rêves sont le reflet de nos désirs. Si elle savait le rêve qu’il avait fait, elle comprendrait comment il la voyait, même inconsciemment.
« T’humilier ? Non, je pensais que j’avais dû être vraiment insistante, pour que ça te mette si mal à l’aise. Je voulais savoir… à titre de référence. »
« T’as pas besoin de savoir. Et pour quel genre de référence, au juste ? »
« … Pour quand j’essaie de faire battre ton cœur plus fort. »
« Tu veux ma mort ou quoi ? »
Amane ne comprenait pas pourquoi Mahiru semblait prendre un malin plaisir à le faire tourner en bourrique. Elle avait déjà trouvé pas mal de moyens de le prendre au dépourvu, et il ne voulait surtout pas lui en fournir de nouveaux.
Mahiru, elle, semblait soulagée, comme si elle avait complètement oublié ce qui l’avait angoissée quelques instants plus tôt. Ses joues étaient légèrement rosées, probablement parce qu’Amane avait laissé échapper le mot ‘mignon’.
« Je suis soulagée d’apprendre que tu ne me fuis pas, au moins. C’est bien d’avoir éclairci ça. »
Pour une raison obscure, Mahiru arborait un sourire satisfait. Elle fixait Amane, qui, lui, avait les lèvres pincées, envahi par la honte et l’embarras.
« Amane, t’es un peu… enfin, parmi les garçons que je connais, t’es le plus pur. »
« Oh, ça va. Toi aussi, t’es pas mieux. »
« Tu aurais été plus surpris si t’avais appris que je passais beaucoup de temps avec des garçons, non ? Mais en vrai… j’ai jamais vraiment été proche d’un garçon, c’est ma première fois. T’es le seul avec qui j’ai ce genre de relation, Amane. »
« … E—Et moi, je traîne quasiment jamais avec des filles, alors… »
Amane savait que ça sonnait pathétique, mais il ne voulait pas mentir. Et s’il avait essayé de faire croire qu’il avait l’habitude des filles, Mahiru se serait sûrement moquée de lui.
« Pourtant, tu t’en sors pas trop mal avec elles, je trouve. »
« Tu plaisantes ? Je gère rien du tout. J’essaie juste de faire ce qui est juste, d’être correct, comme mes parents me l’ont appris. Et quand je fais un truc pas bien, j’essaie de compenser en te rendant heureuse. Ça me rend heureux, quand t’es heureuse… y a rien de mal à ça, si ? »
« Absolument rien. » Mahiru hocha la tête. « T’es rusé, Amane. »
« Ça veut dire quoi ça, encore ? »
« Tout chez toi est rusé. »
« Tu veux me rabaisser, c’est ça ? »
« Non, c’est l’inverse. J’essaie juste de te donner confiance en toi. »
« … J’vois pas trop où tu veux en venir. »
« C’est pas grave, tu comprendras un jour. »
Ce n’était pas la première fois qu’ils avaient ce genre d’échange, et Amane ne comprenait toujours pas ce qu’elle voulait dire en le qualifiant de rusé.
Mais il se disait que ce n’était pas la peine de se creuser la tête pour trouver la réponse.
Mahiru, qui quelques minutes plus tôt était troublée par son comportement, souriait désormais paisiblement, libérée de toute inquiétude.
« En tout cas, j’ai entendu quelque chose de bien, aujourd’hui. »
« Quelque chose de bien ? »
« Tu as dit que j’étais la première fille avec qui tu étais aussi proche. »
La remarque soudaine de Mahiru déclencha chez Amane une violente quinte de toux.
Mahiru le regarda, intriguée. Elle n’avait probablement pas voulu provoquer une telle réaction. Elle avait juste dit ce qu’elle pensait. C’est justement ce qui le déstabilisait autant.
« C—C’est un peu trompeur… Enfin, non, ce n’est pas trompeur, mais tu dis ça d’une manière bizarre ! Et puis, ça ne te regarde pas ! » Bafouilla-t-il.
« Pourquoi tu t’emballes comme ça ? Moi, je trouve ça mignon. C’est pareil pour moi, tu sais. C’est nos premières fois à tous les deux. Ça veut dire qu’on s’est rapprochés en tâtonnant, non ? »
« … Oui, c’est vrai, mais… »
En repensant à tout ce qui s’était passé entre eux jusqu’à présent, son observation semblait tout à fait juste. Pourtant, l’entendre le dire aussi simplement, sans aucune arrière-pensée, le mettait affreusement mal à l’aise. Plus il essayait de ne pas y penser, plus ça le perturbait.
« … Amane ? »
« C’est rien, alors ne me regarde pas, s’il te plaît. »
Il ne voulait pas qu’elle voie à quel point il débordait de honte. Sans même se lever du canapé, il lui tourna le dos.
Il ne voulait pas qu’elle le voie, et il ne voulait pas la regarder non plus.
« Pourquoi tu parles aussi sèchement ? »
« T’en fais pas. »
« … D’accord, je ne regarde pas alors. »
À la place, Mahiru se retourna et s’assit dos à lui pour pouvoir s’appuyer contre lui. Amane tourna la tête vers elle, mais reçut un coup de coude dans les côtes.
Il ne voyait pas son visage, mais il était certain qu’elle souriait d’un air espiègle.
« Si on est assis comme ça, je ne te ‘regarde pas’, si ? »
« … J’imagine que non. »
« Eh bien, tu vas devoir t’y faire, vu que moi, j’ai dû supporter que tu m’évites toute la journée. »
Dit comme ça, Amane comprit qu’il n’avait plus aucune chance de s’en sortir. Il n’essaya même pas.
Il ressentait une sorte de tranquillité étrange, même si la chaleur douce qui se diffusait dans son dos faisait battre son cœur plus fort. Il posa le menton sur ses genoux.
« … S’il te plaît, parle plus de ta première fois ou autre. Je sais pas comment encaisser ça. »
Il sentit Mahiru frissonner, comme si elle venait seulement de se rappeler de ses propres paroles. Puis, apparemment, elle se retourna, car il sentit qu’elle attrapait le dos de son t-shirt.
« C—C—C’était pas du tout ce que je voulais dire, d’accord ?! Enfin, si, mais j’ai pas dit ça dans ce sens-là ! »
« J—J’ai compris, alors n’en dis pas plus. »
Savoir que Mahiru n’avait jamais été aussi proche de quelqu’un rendait ses propos encore plus embarrassants.
Il n’était pas difficile de comprendre qu’ils avaient vécu beaucoup de premières fois ensemble.
En tout cas, pour Amane, Mahiru était la première fille à qui il avait tenu la main, à part sa mère quand il était petit. C’était aussi la seule qu’il avait jamais prise dans ses bras. Il était très probable que ce soit pareil pour elle.
Partager toutes ces nouvelles expériences avec la fille qu’il aimait, être celui qui ouvrait le chemin pour elle, c’était à la fois merveilleux, gênant et un véritable honneur.
Amane se surprit à souhaiter être son premier et son dernier amour.
Il sourit en silence, tandis que Mahiru pressait son front contre son dos et s’y frottait par pure gêne. Il se dit que ce serait bien de rester pour toujours à ses côtés.
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source : traduction anglaise officielle par Yen Press
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